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La timide condamnation de Donald Trump à la suite des violences mortelles qui ont éclaté, le 12 août, lors d’un rassemblement de groupes d’extrême droite à Charlottesville en dit long sur sa responsabilité dans le climat de racisme qui sévit aux États-Unis, estime cet éditorial du Los Angeles Times.

Samedi 12 août, une manifestation du mouvement “Unite the Right” [Unissons la droite] à Charlottesville, en Virginie, s’est soldée par de violents affrontements [faisant un mort, Heather Heyer, une jeune femme de 32 ans fauchée par une voiture conduite par un suprémaciste]. Organisée pour s’opposer au retrait d’une statue de Robert E. Lee, général confédéré, cette mobilisation était irréfutablement raciste et résonnait de répugnants échos nazis.

Nul besoin de chercher plus loin que les slogans hitlériens “Le sang et la terre” et “Les Juifs ne nous remplaceront pas”, entonnés dès vendredi soir lors d’un premier rassemblement majoritairement composé d’hommes blancs portant tous des flambeaux.

Et pour estomper toute forme de doute, l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan, David Duke, a observé les violences de samedi et déclaré que le mouvement de la suprématie blanche – celui qu’il représente – vivait “un moment décisif”. Et d’ajouter :

Nous allons mettre en œuvre les promesses de Donald Trump. Ce sont nos convictions. C’est pour ça que nous avons voté pour Donald Trump, parce qu’il a affirmé qu’il allait nous rendre notre pays.”

Certains contesteront peut-être cette analyse, mais uniquement par incitation à la haine ou par naïveté : les violences de Charlottesville ont eu lieu parce que le racisme a été érigé en force politique dans ce pays. Espérons que cet épisode ait été l’apogée de cette tendance et non, comme semble le penser David Duke, les premières étincelles d’un brasier.

Comment en est-on arrivé là ? Il est facile de rejeter toute la responsabilité sur la haine et les clivages qu’a attisés la campagne électorale de Trump. Mais en vérité, il a exploité un courant politique et social de pensée qui existe depuis des générations. Les odieuses opinions affichées à Charlottesville reflètent la pire facette des États-Unis – une nation née de l’esclavage, qui a fermé ses frontières aux Chinois et qui a parfois circonscrit l’achat de logements aux Blancs. Certes, notre nation ne se limite pas à ça, mais ces faits font partie de notre identité.

Une nation de plus en plus divisée

Et Trump a, à tort, encouragé ce mouvement. Samedi, il a manqué une belle occasion de s’exprimer sur un ton différent, digne d’un président, quand il s’est contenté d’une timide condamnation, qui n’a aucunement dénoncé le racisme à l’origine de la procession de vendredi et des violences de samedi. Nous sommes une nation de plus en plus divisée sur les plans politique, économique et ethnique. Il a exploité ces divisions et ainsi contribué à les exacerber.

Les escarmouches et les déclarations du week-end rappellent Berlin dans les années 1930 (même si les États-Unis sont loin de sombrer dans le fascisme) et le combat des années 1960 pour la déségrégation, dans le Vieux Sud. Elles signalent aussi l’échec du discours et du système politiques, supposés arbitrer nos divergences et non les accentuer.

L’idée que de jeunes hommes blancs en colère manifestent avec des flambeaux et scandent des slogans nazis est glaçante, bouleversante et indéfendable. Certains ont voulu mettre sur le même plan ce défilé et les manifestants de gauche qui se sont bagarrés avec les nationalistes blancs, mais c’est un amalgame grossier des différents messages et motivations.

Quand les nationalistes sont descendus dans la rue, ils l’ont fait pour des motifs haineux et historiques. Il n’aurait pas fallu leur répondre par la violence – les expressions pacifiques même d’opinions répugnantes doivent être tolérées, car nous n’appartenons pas à une nation de gangs et de voyous. Mais ceux qui donnent une voix aux recoins les plus sombres du cœur humain sont particulièrement infâmes.

La vie politique américaine file un mauvais coton : nos institutions sont contestées, affaiblies et, dans le cas des instances fédérales, sapées de l’intérieur. Nous devons admettre que la force d’une démocratie repose sur sa capacité à trouver des terrains d’entente, à entretenir la confiance mutuelle et à isoler ceux qui veulent effilocher le tissu national. Au vu de la réponse terriblement déplacée de Trump, nous devons chercher ailleurs le capitaine qui saura naviguer dans cette tempête. Mais c’est d’abord en nous qu’il faut chercher une issue.


Courrier International – Source française    Lire l’article original