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Dans son éditorial du 12 juin, The New York Times s’inquiète de l’emprise presque totale d’Emmanuel Macron sur le pouvoir en France. Le quotidien américain insiste notamment sur les dangers liés à l’état d’urgence.

L’emprise d’Emmanuel Macron sur le pouvoir politique paraît plus ferme que. Macron a conquis la présidence en mai, treize mois seulement après avoir lancé son mouvement politique, un véritable exploit.

Les 350 élus LREM/Modem donnent à Macron toute latitude pour mettre en œuvre les réformes sur lesquelles il s’est engagé afin de relancer l’économie française, encore à la traîne, et d’encourager la création d’emplois, ce que ses trois prédécesseurs n’ont pas réussi à faire.

Toutefois, l’élection de dimanche ne traduit aucun enthousiasme de la part de la majorité des électeurs. Plus de la moitié d’entre eux ne se sont pas rendus aux urnes. Sachant que l’opposition est exsangue et que de nombreux novices politiques doivent leur siège au président, Macron pourrait être tenté d’abuser de son pouvoir régalien.

Une absence de contre-pouvoir judiciaire inquiétante

Macron a déjà rapidement pris des mesures de renforcement de la sécurité pour faire face à la menace terroriste persistante, créant un Centre national de contre-terrorisme à l’Élysée, qui en réfère directement à lui. Il a aussi rédigé un projet de loi qui devra être présenté en conseil des ministres le 21 juin. Celui-ci inscrirait dans le droit commun une bonne partie du dispositif d’état d’urgence mis en place par le président François Hollande au lendemain des attentats terroristes de novembre 2015.

Si la création d’un Centre national de contre-terrorisme paraît légitime vu l’incapacité des agences existantes à partager certaines informations pour identifier des individus potentiellement dangereux, l’absence de contre-pouvoir judiciaire face aux prérogatives de l’exécutif est, elle, pour le moins inquiétante.

Plus préoccupante encore, l’inscription de mesures relevant de l’état d’urgence dans le droit ordinaire menace de réduire de manière permanente certains droits fondamentaux des citoyens français. Les forces de police pourraient en effet être autorisées à effectuer des perquisitions sans mandat, à placer des individus en résidence surveillée, à ordonner le port d’un bracelet électronique et à exiger les mots de passe de certains ordinateurs et téléphones portables. Autant de mesures qui n’aident guère dans la lutte contre le terrorisme, mais qui sont redoutablement efficaces pour limiter les droits des citoyens.

Aujourd’hui, seul le Conseil constitutionnel pourrait faire obstacle à l’adoption de ces mesures. Vendredi [9 juin], ses membres ont eu la sagesse de bloquer un paragraphe dont la formulation vague aurait permis aux autorités d’interdire au public l’accès à certaines zones – un point de rassemblement pour une manifestation par exemple – sous prétexte de vouloir assurer le bon déroulement d’une opération de police.

Le Conseil constitutionnel ne doit pas laisser graver dans le marbre de la loi des mesures à caractère temporaire et extraordinaire qui reviennent à suspendre une partie des droits des citoyens. Sans cela, le nouveau départ promis par Emmanuel Macron pourrait être le début d’une République répressive et capable d’abus de pouvoir en tous genres.


Editorial – Source http://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-la-france-face-au-risque-dabus-de-pouvoir-presidentiel