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 Les électeurs français font leur révolution dans les urnes, selon cet éditorialiste espagnol qui semble certain que, cette fois-ci, le changement aura bien lieu dans l’Hexagone

Les Français ont des défauts comme tout le monde mais quand ils se fâchent, ils savent taper du poing sur la table. Le cas Macron me paraît prometteur. Les Français ont vu en lui l’occasion de rompre avec une foule de mauvaises habitudes, et il est apparemment prêt à relever le défi. N’étant pas vraiment partisan de la peine de mort, je suis ravi que les inventeurs de la guillotine aient trouvé dans le processus électoral – la présidentielle puis les législatives – un autre moyen plus démocratique, et sans effusion de sang, de se débarrasser des Louis et des Marie-Antoinette qui pullulaient. Et les fines feuilles des bulletins sont tombées comme autant de couperets acérés.

Ils ont ainsi réussi à liquider en une seule fois leur Rajoy [Premier ministre espagnol] et ses semblables, ainsi que d’autres, peut-être plus inoffensifs certes mais qui ces dernières années, par leur frilosité, avaient perdu beaucoup de temps à ne pas remettre en cause le statu quo. Les incohérences irréconciliables de la France font que lorsque des réformistes arrivent au pouvoir, les réformes sont remises à plus tard pour ne pas mécontenter les électeurs qui doivent les réélire.

Un seul mot d’ordre : changeons !

Macron a donné un coup de pied dans la fourmilière. Et envoyé valser des idées enracinées comme le prétendu vote utile, presque toujours inutile à moyen et long terme. Ou encore le maintien d’un certain ordre établi qui n’est que soumission à une volonté sociale, connivences avec le monde économique non élu, et maintien d’une hégémonie de caste. Tout cela Macron l’a fait avec un seul mot d’ordre, confisqué à ses rivaux : changeons ! Et pour commencer il a nommé un gouvernement de gens compétents de toutes les couleurs politiques, mais dans lequel le ministre de la Santé est médecin, celui de l’Écologie est un spécialiste reconnu dans ce domaine et le ministre de l’Intérieur est maire d’une grande ville avec des quartiers difficiles. Quant au ministre des Finances, s’il lance une amnistie fiscale – ce qu’il ne fera pas – qui est ensuite jugée contraire à la Constitution [comme ce fut le cas en Espagne], il devra démissionner.

Les Français risquent-ils d’être déçus ? Évidemment.

Mais si Macron doit décevoir, ce sera en essayant de changer les choses. Et je le dis alors que je ne vote généralement pas pour ceux qui, comme lui, privilégient des solutions libérales, c’est-à-dire non interventionnistes, face aux inégalités.


Antonio Franco – Source