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Les sujets d’actualité qui mériteraient d’être commentés sont nombreux : le marasme social, la crise de la gauche, les élections législatives, le débat public, la crise sociétale, la déstructuration du code du travail, le basculement de l’assurance maladie et retraite vers la capitalisation, le tumulte international, la crise grecque, la refondation de l’Europe, le drame des migrants, les pleins pouvoirs aux banques et à la finance, etc.

L’opinion, celle de gauche mais pas que, ne se reconnaît plus dans ses média.

Ce sont toujours les mêmes qui s’affichent, et toujours les mêmes qu’on efface. Les mêmes idées qu’on martèle, les mêmes options que l’on tait. Les membres de la petite coterie qui squatte la presse, les antennes radio, les émissions télé, ont tous le même profil, ce sont tous les mêmes zélotes de la pensée unique, austéritaire, sécuritaire et atlantiste. La mise en scène d’oppositions factices et caricaturales est quotidienne mais les vrais débats contradictoires sont devenus quasi inexistants.

L’information pluraliste a vécu.

Pourtant les citoyens n’ont jamais eu autant besoin, et envie, d’informations pour comprendre le monde, pour trouver des repères dans des questions aussi lourdes, et complexes, que la crise sociale, les enjeux éthiques, la désindustrialisation, la mondialisation, la faillite européenne et j’en passe. Or tous ces enjeux économiques, financiers, sociaux, sociétaux, écologiques, culturels, qui intéressent tant l’opinion, une fois passés à la moulinette médiatique, sont ramenés à des problématiques débiles, le bon contre le méchant, l’assisté contre l’entreprenant, nous et les autres, les dominants forcément compétents, les dominés forcément limités.

Les gourous qui ont fait main basse sur les média imposent leurs grilles de lecture toutes faites, rudimentaires, bêtifiantes.

Nous assistons à ce puissant paradoxe : les moyens de communication n’ont jamais été aussi sophistiqués, et le contenu de cette communication n’a jamais été aussi pauvre.

Jamais il n’y a eu autant de possibilités de lire le monde et ce monde qu’on nous montre tous les jours n’a jamais été aussi rabougri. Jamais nous n’avons eu autant d’outils critiques, et jamais autant d’alignement de pensée.

Cette mise en scène propagandiste, cette uniformisation du discours, cette manipulation sans vergogne ne sont pas le fait du hasard. Elles découlent directement de la concentration des média par une poignée de grands patrons du CAC 40, de Drahi à Bolloré, de Lagardère à Arnault, du trio Berger-Niels-Pigasse à Dassault ou Bouygues, tous ces prédateurs ont bel et bien accaparé le monde des média.

Une concentration qui s’est encore singulièrement accélérée ces derniers mois. Les pachas de la finance ont mis la main sur le contenant (le câble, etc.) et le contenu (les journaux), ils ont acheté les tuyaux et les infos.

Le rachat de Libération à vil prix, la censure des Guignols de l’info ne sont que les ultimes péripéties d’une mise au pas qui, en d’autres lieux et d’autres temps, aurait été qualifié de totalitaire.

On en est là. Et le pouvoir laisse faire, ou encourage, complice, toutes ces ventes-acquisitions, ce bradage des contenus, ces mises au pas des rédactions, cette précarisation des journalistes, ces plans de départ. Il y a urgence à ne pas se laisser faire, à défendre le pluralisme, donc la démocratie. Une large démocratisation des média est nécessaire ; il faut assurer leur indépendance.

Oui, décidément, libérons les média !

D’après un Edito paru dans la revue du Projet N° 50