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Depuis 1966, l’espérance de vie des Français ne cessait d’augmenter pour se hisser aux meilleurs rangs mondiaux, une fierté pour la population française. Et pourtant, l’année 2015 marque l’arrêt de cette hausse ininterrompue. En cause : une grippe dévastatrice et des conditions climatiques difficiles.

Qui n’a jamais été confronté à cet argument, à priori imparable, de l’augmentation insolente de l’espérance de vie des Français alors que notre environnement, notre climat et notre alimentation ne cessent de se dégrader ?

Première parade : si nous vivions de plus en plus vieux (ce n’est plus le cas depuis 2015), l’espérance de vie sans incapacité (EVSI) diminue déjà depuis plusieurs années. Ainsi, en 2010, un homme français avait une espérance de vie sans incapacité de 61,9 ans (pour une espérance de vie de 78,2 ans), en baisse de près d’un an depuis 2008. En 2010, une femme française avait une espérance de vie sans incapacité de 63,5 ans (pour une espérance de vie de 85,3 ans), en baisse de plus d’un an depuis 2008. Vivre plus longtemps certes, mais dans quel état ? La question mérite d’être posée.

En outre, le bilan démographique 2015 de l’INSEE marque un tournant : le nombre de décès est au plus haut depuis l’après-guerre et l’espérance de vie des Français à la naissance[1] a diminué de 0,3 an pour les hommes et de 0,4 an pour les femmes. « Cette diminution s’explique pour l’essentiel par la hausse de la mortalité après 65 ans enregistrée cette année. Dans les conditions de mortalité de 2015, une femme vivrait en moyenne 85 ans et un homme 78,9 ans (…) L’espérance de vie à 60 ans diminue également : en 2015, à cet âge, une femme peut espérer vivre encore en moyenne 27,3 ans contre 27,7 en 2014 et un homme 22,9 ans contre 23,1 en 2014. » indique l’INSEE. En cause : un surcroît de mortalité enregistré aux âges élevés en 2015.

C’est la première fois depuis 1966 que l’espérance de vie à la naissance diminue à la fois pour les hommes et les femmes. En 2003 et en 2012, l’espérance de vie à la naissance avait déjà légèrement diminué pour les femmes. Rappelons qu’en 1950 l’espérance de vie à la naissance était de 63,4 ans pour un homme et 69,2 pour une femme.

Avec une espérance de vie moyenne de près de 82 ans, la France se positionne encore dans les 15 premiers pays où l’espérance de vie est la plus haute (mais non au premier rang comme on peut souvent l’entendre) :

Une surmortalité à cause de la grippe et des canicules

Le nombre de décès a fortement augmenté en 2015 (+ 34 000 par rapport à 2014) pour atteindre 594 000 selon un rapport de l’INSEE. « Il n’avait jamais été aussi élevé depuis l’après-guerre » précise l’INSEE. Ainsi, le solde naturel, différence entre les nombres de naissances et de décès, est le plus faible depuis 1976. L’INSEE considère que cette hausse de la mortalité est « liée principalement à des conditions épidémiologiques et météorologiques peu favorables ».

Trois épisodes de surmortalité sont ainsi pointés du doigt :

  • les trois premiers mois de l’année 2015 ont été marqués par 24 000 décès supplémentaires par rapport à la même période en 2014 à cause d’un épisode grippal, long (9 semaines) et de forte intensité qui a eu un impact relativement sévère chez les personnes de 65 ans ou plus.
  • Ensuite, pendant les mois de juillet et août 2015, caniculaires, 3 300 décès supplémentaires ont été enregistrés.
  • Enfin, 4 000 personnes supplémentaires sont décédées en octobre 2015 par rapport à octobre 2014, probablement en raison des vagues de froid survenues au milieu du mois.

Quid de la dégradation de notre environnement ?

Pour le réseau Environnement et Santé, « les chiffres publiés aujourd’hui sont la conséquence de la situation de crise sanitaire dans laquelle la France s’enfonce depuis plusieurs années en raison de l’explosion des maladies chroniques.(…) Le meilleur indicateur est celui de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie pour les Affections de Longue Durée (ALD). Depuis 1990, les maladies cardio-vasculaires ont progressé 5 fois plus vite que la population, le cancer 4 fois plus, les affections psychiatriques 3 fois plus… »

Rappelons que l’Anses indiquait fin 2011, que « 90 à 95 % des cancers, sont liés à des causes exogènes, c’est-à-dire, à l’environnement au sens large ».

1er janvier 2016 : 66,6 millions de Français

Malgré tout, la population française continue de s’accroître, principalement sous l’effet du solde naturel : la France compte ainsi 200 000 bébés de plus en un an (sans compter le solde migratoire qui est estimé à + 47 000 personnes). « Au 1er janvier 2016, la France compte 66,63 millions d’habitants, dont 64,5 millions vivent en métropole et 2,1 millions dans les cinq départements d’outre-mer. Au cours de l’année 2015, la population a augmenté de 247 000 personnes, soit une hausse de 0,4 %.

Dans tous les cas, cette nouvelle qui aurait pu passer inaperçue, est symbolique. Si la perte d’espérance de vie n’est finalement pas importante, elle porte un revers à l’optimisme béat d’une société irresponsable écologiquement et dont les membres pourraient vivre mieux et plus longtemps ad vitam aeternam.


Auteur Christophe Magdelaine / notre-planete.info


Notes

  1. L’espérance de vie à la naissance est égale à la durée de vie moyenne d’une génération fictive qui connaîtrait tout au long de son existence les conditions de mortalité par âge de l’année considérée (INSEE).