Étiquettes

, ,

Après que M. Gattaz eut déclaré au lendemain de l’élection présidentielle qu’il était sur « un petit nuage », son vice-président au Medef, M. Lanxade, en précise les raisons et ce qu’ils espèrent de la nouvelle présidence.

Il demande d’aller vite pour détruire le code du travail : « parce que les entreprises attendent, il faut faire en sorte que cela puisse être effectif le plus tôt possible ». Et pour avoir la certitude que cela se fasse, il donne sa consigne de vote pour les élections législatives. « Il faut qu’il y ait une majorité pour que les ordonnances puissent passer » insiste-t-il. On ne peut être plus clair !

Forts d’une telle recommandation, les salariés comme les privés d’emploi savent ce qu’il leur reste à faire s’ils veulent empêcher un nouveau recul de leurs droits qui fera grandir leur précarité sans pour autant créer le moindre emploi. Il leur faut aller voter le 11 juin avec en tête la volonté qu’il n’y ait pas de majorité du parti du Président et de la droite à l’Assemblée nationale. En effet, le danger vient des deux côtés. Depuis quelques jours, non content d’avoir le premier ministre et d’occuper tous les étages de Bercy, M. Baroin explique qu’il est prêt à faire le chemin avec M. Macron, à condition … d’être lui-même désigné à Matignon. Ensemble, ils veulent obtenir une majorité pour cette fois mettre totalement à bas la législation du travail et l’aligner sur les standards européens voire mondiaux.

Le monde du travail et de la création, les retraités et les chômeurs auront le plus grand intérêt à se souvenir du comportement des députés lors du précédent quinquennat pour, cette fois, donner beaucoup plus de poids à ceux qui ont montré au Parlement leur engagement au service d’un code du travail protecteur en refusant les lois dites « Macron et El Khomri ». Ils ne l’ont pas fait pour maintenir le statuquo. Leur engagement vise à la protection des travailleurs dans une période où la concurrence, le pilotage par la performance quantitative sous domination des critères financiers dictés par des actionnaires avides et pressés, mine l’activité réelle et les individus.

Le travail lui-même est malmené et procure de moins en moins le sentiment de réalisation personnelle et d’émancipation. Tout le contraire de ce qu’appelle notre époque et l’enjeu de civilisation d’une nouvelle manière de produire et de consommer, à l’heure des révolutions numériques, robotiques, écologiques et démographiques. Or, en guise de modernité, le nouveau locataire de L’Elysée en tandem avec son premier ministre de droite n’ont pour principal souci que le retour aux lois du dix-neuvième siècle, pour un libéralisme encore renforcé, celui-là même qui provoque la colère et trop souvent le désespoir des classes populaires et alimente l’extrême droite.

Parce qu’il n’a pour seule ambition que de satisfaire les grandes entreprises et les exigences de rémunération du capital, le pouvoir ne considère le travailleur que comme un sujet qui coûte. Il ne voit jamais en lui cette personne qui ne demande qu’à se réaliser et à prendre part à une activité humaine, enrichissante parce qu’utile à la marche en avant de la société et de celles et ceux qui la composent. Un « en commun » moteur de réalisation personnelle, à l’opposé de l’air du temps dominant qui pourtant démontre que la seule recherche du profit maximum et instantané est antinomique avec le libre développement des êtres humains sur une planète vivable.

Quant à l’utilisation des ordonnances durant l’été pour un projet régressif, si elle est éminemment condamnable, elle ne saurait faire oublier le contenu du projet qu’elles accompagnent. C’est la méthode comme le fond du projet que nous combattons. Il faudra donc des députés  qui ne voteront pas ces ordonnances qui donneraient carte blanche au pouvoir pour aller plus loin dans le détricotage du code du travail.

Un droit du travail adapté aux temps qui viennent impliquerait des droits nouveaux entourant la mobilité du salarié, sa garantie de ressources liée à des périodes de formation ou d’activités pour le bien commun et de nouveaux pouvoirs d’intervention dans la gestion des entreprises et des services. Les parlementaires du Front de gauche avaient déposé il y a plusieurs mois une proposition de loi baptisée « pour une sécurité d’emploi et de formation » allant dans ce sens.

A l’opposé d’un code du travail décliné entreprise par entreprise, dans des rapports de forces favorables à ceux, patrons et actionnaires, qui les dirigent, tous les travailleurs doivent pouvoir disposer des mêmes droits, partout.

Une majorité de salariés comme les 7 millions d’électeurs qui ont accordé leur confiance à Jean-Luc Mélenchon et d’autres encore partagent cette exigence de justice.

Circonscription par circonscription, qu’ils sachent trouver les voies de leur unité et de leur efficacité nous apparaît le moyen le plus sûr de défendre leurs intérêts. C’est notre vœu le plus cher.


Patrick Le Hyaric – Source