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Chaussures de sport avec talon à roulettes aux pieds, un enfant d’une dizaine d’années multiplie les dérapages et les figures acrobatiques sur le marbre du Marina Mall, l’un des principaux centres commerciaux d’Abou Dhabi, la capitale de la fédération des Emirats arabes unis (EAU).

Accoudé à la balustrade d’un étage supérieur, son père, un Emirati vêtu de la traditionnelle dishdasha, d’un blanc immaculé, l’interpelle en arabe, lui demandant de le rejoindre au plus vite. Le fils ne semble pas entendre et persiste à imiter les deux Occidentales qui glissent sur la glace d’une proche patinoire. Le père finit par s’énerver et promet, en langue anglaise cette fois, la confiscation des chaussures et une bonne correction. Le gamin obtempère immédiatement, tandis que son père prend à témoin ses amis, mais aussi les chalands et badauds qui ont assisté à la scène : « Voilà à quoi nous en sommes arrivés avec leur langue anglaise ! Quand je lui parle en arabe, il fait mine de ne rien comprendre !»

Père et fils partis, des Emiratis attablés à une terrasse voisine commentent l’incident. « C’est comme ça dans beaucoup de familles, explique M. Jalal Al-Sultan, un homme d’affaires de Dubaï. On ne sait plus très bien si les enfants sont d’ici ou bien s ‘ils sont en train de devenir de petits Américains ou de petits Anglais incapables de s’exprimer correctement en arabe. C’est un vrai sujet de préoccupation. Cela nous oblige à réfléchir à la manière dont nous devons réformer notre système éducatif  Il y va de la préservation de notre identité. » Son voisin, M. Youcef AI-Aisa, un fonctionnaire de l’Etat fédéral, rappelle que la langue anglaise est souvent présentée comme la solution à tous les problèmes des Emirats : «Des plaisantins ont même affirmé qu’on allait obliger les muezzins à lancer l’appel à la prière en anglais, accent d’Oxford en prime… » …………….

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Akram Belkaïd – Manière de voir – N°147