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….voici les leçons que j’en ai tirées ». Une interview parue dans « le Monde » de Tony Blair est à lire.

En à peine plus d’un an, Emmanuel Macron a fondé un mouvement et accédé à la tête de l’une des grandes puissances mondiales. Il y est parvenu avec un programme d’une grande clarté idéologique : en dépassant les vieux paradigmes de gauche et de droite et en s’inscrivant résolument contre le nouveau populisme qui déferle sur les pays occidentaux.

Comme je le soutiens depuis longtemps, la seule façon de faire reculer le mécontentement et la colère populaires est d’apporter des solutions réelles aux problèmes que pose la mondialisation.

Ce qui caractérise le monde actuel est la portée, l’ampleur et la rapidité des changements. Et leur allure s’accélère. Avec le recul, la mondialisation a indéniablement bénéficié à l’humanité. Jamais la pauvreté dans le monde n’avait reculé autant et aussi vite. [Voilà un avis plus que certainement à modérer. MC]

Néanmoins, chez une bonne partie de la population des pays occidentaux, la mondialisation provoque un stress culturel et économique, qui crée du ressentiment et de la peur. Soulagement Les populistes surfent sur cette colère, exploitent des sujets comme l’immigration et créent des boucs émissaires. Il suffit pour s’en convaincre de voir le score de Marine Le Pen dans les régions où le taux de chômage est le plus élevé.

Ce qu’Emmanuel Macron a compris, c’est qu’il n’y a qu’une seule réponse sérieuse : elle consiste non pas à traiter par le mépris des inquiétudes qui sont légitimes et compréhensibles mais à expliciter les solutions qui amélioreront véritablement le sort de la population.

Il faut pour cela défendre résolument les valeurs que nous partageons contre les extrémistes qui utilisent la religion comme instrument de haine, sans confondre l’islamisme radical avec l’islam. Il faut un Etat actif qui accompagne les victimes des mutations économiques mais il faut aussi affirmer clairement qu’on ne peut pas arrêter le changement et que ceux qui disent le contraire mentent. [Voilà bien le libéralisme à tout va expliquer avec tout le cynisme affiché. MC]

Cette politique de centre progressiste est la seule à même de vaincre le populisme. Le monde a donc réagi avec un soulagement palpable et justifié à la victoire de M. Macron. Tous ceux d’entre nous qui croient au progrès en mettant la mondialisation au service du plus grand nombre souhaitent et ont besoin qu’il réussisse. Mais, comme il n’est pas sans le savoir, le plus dur commence à présent.

L’obstacle des grandes réformes

Quand on arrive au pouvoir dans les circonstances dans lesquelles Emmanuel Macron y est arrivé, on a le sentiment que tout est possible (…). On a beau tenter de les minimiser, ces attentes sont là, elles créent un rassemblement autour de vous mais elles vous terrifient aussi un peu parce que vous savez qu’elles peuvent très vite se fracasser contre la réalité.

M’étant moi-même retrouvé dans une situation semblable, voici les leçons que j’en ai tirées.

  • Premièrement, le plus important est de ne jamais perdre la force que nous ont donnée ceux qui nous ont portés au pouvoir. Les Français ont voté pour un projet nouveau et différent, en faveur d’un changement qui ne soit pas défini par l’ancienne manière de faire. Bien sûr, le problème quand on promet le changement, c’est que les gens sont d’accord de façon générale mais ne le sont malheureusement souvent plus quand on entre dans les détails.
  • Deuxièmement, le nouveau président sait les réformes qu’il veut mener mais ne sait pas encore comment il va procéder dans le détail. La méthodologie de la réforme est importante. La première chose à faire est de déterminer ce qui va vraiment faire bouger les choses. L’économie tricolore possède de nombreux atouts mais elle ferait beaucoup mieux si l’Etat donnait de l’autonomie aux entreprises au lieu de les entraver. Ces réformes ne reviennent en rien à minimiser l’importance de la justice sociale ; elles sont, bien au contraire, la seule façon de l’assurer, en créant la croissance et les emplois indispensables au bien-être de la population.
  • Les nouvelles avancées technologiques – notamment les révolutions de l’intelligence artificielle et des mégadonnées (big data) – vont encore transformer nos façons de travailler, de vivre et de penser. Or les débats sur la fiscalité et la dépense publique portent sur un éventail restreint d’options très éloignées de la réalité des sociétés contemporaines. Nos systèmes de protection sociale ont beau représenter une dépense importante, ils ne parviennent pas à aider ceux qui en ont le plus besoin. Les meilleures idées ne proviennent d’ailleurs pas des cercles politiques traditionnels. Il existe un marché mondial des idées dans lequel puisent les gouvernements intelligents. [D’un côté un salariat a fort apport technique et technologique de l’autre du salariat précaire. MC]
  • Quatrièmement, j’ai constaté que le plus difficile quand on gouverne est de « traduire » les réformes dans les faits. L’administration est très douée pour gérer le statu quo, nettement moins pour le modifier. J’ai découvert qu’il était essentiel d’établir des priorités et de créer des structures spécialement chargées de mettre en œuvre les réformes, avec des équipes formées dans ce seul but. [Cela revient à dire qu’il faut détruire l’approche fonctionnariale existante et la remplacer par des organismes privés astreints a rentabilité. MC]
  • Enfin, il y a l’Europe. Elle doit être réformée. Si l’on inscrit le programme des réformes de la France dans le cadre d’un programme de réformes de l’Union européenne, la proposition devient nettement plus attrayante.

Traduit de l’anglais par Juliette Kopecka