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Avec 4.069.256 bulletins blancs et nuls, le second tour du scrutin présidentiel enregistre un étonnant record.

Jamais autant de voix n’auront été écartées, lors de ce type d’élection, du total des voix attribuées.

Un chiffre de 8,46 % des inscrits qui, en s’ajoutant à une abstention particulièrement élevée (25,44 %), aboutit à un constat sans appel : plus d’un électeur inscrit sur trois n’a voulu ou tout simplement su, le 7 mai, transformer sa voix en «suffrage exprimé».

Ne pas choisir l’un des deux candidats en lice aurait été, pour les partisans du «ni-ni», une façon de contester l’affiche de ce second tour. Une tactique que beaucoup ont dénoncée comme un refus pur et simple de faire barrage au Front national.

Allergie au «vote utile» ou comportement menaçant la Ve République?

Ce sont, en fait, deux conceptions de l’acte de vote qui s’affrontent.

  1. Tenir pour acquis que voter, c’est décider et déjà en désignant qui gouverne.
  2. Ne jure que par un impératif: celui de représenter une sensibilité politique.

L’idée que seuls les «suffrages exprimés» puissent être comptabilisés date de la Monarchie de Juillet, régime qui a vu la naissance du parlementarisme moderne. Pour constituer le gouvernement représentatif, seule l’obligation de «faire des députés» compte. C’était là une manière de rompre avec les assemblées délibératives de la Révolution. Furent ainsi écartés les suffrages blancs, puis ceux portant la mention «ni l’un ni l’autre», «l’un et l’autre», et enfin ceux ne comportant pas «une désignation suffisante» (futurs «bulletins nuls»).

Ce choix politique a suscité des critiques, et d’abord celle du recul de la liberté d’expression. (…)

 Ce 7 mai 2017, ils ont été des millions à en faire l’expérience. Un chiffre encore plus éloquent si on le rapporte aux votants plutôt qu’aux inscrits.

C’est alors 11,47% qui ont déposé un bulletin blanc ou nul dans l’urne, contre 2,58% au premier tour.

Plus précisément, il y a eu dimanche dernier, 8,51% de blancs et 2,96% de nuls. Soit le double de 2012!

Mais la loi du 21 février 2014 n’admet toujours pas les bulletins blancs dans les «suffrages exprimés». Résultat: voter blanc équivaut encore à s’abstenir. Ces voix reflètent surtout un affaiblissement du clivage droite-gauche, déjà observé sous la Ve République.

Il est vrai qu’une grande majorité d’électeurs ont dû, au second tour, voter pour un autre candidat que celui auquel ils avaient fait confiance deux semaines plus tôt. Une «déprise électorale» elle-même provoquée par l’affaiblissement de la bipolarisation chère à la Ve République. La signification des bulletins blancs et nuls est donc principalement politique.


Olivier Ihl, The Conversation – Titre original « Votes blancs, le bûcher des «voix perdues» » – Source (extrait/Synthèse) texte intégral en lecture libre a cette adresse