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Nés ou arrivés en bas âge en Syrie ou en Irak, ces enfants de jihadistes sont susceptibles de regagner l’Occident suite aux défaites de Daech. Comment les autorités françaises préparent-elles cette situation inédite ?

Parce qu’en 2012 la fille de Sophie (1), Léa (1) 20 ans, décide de poursuivre ses études en Allemagne. Elle y rencontre un homme converti à l’islam avec lequel elle s’installe. Un an plus tard, elle plonge “dans une pratique assez radicale, habillée d’un niqab, voilée de la tête aux pieds”. Lorsque sa mère va la voir, elle ne la reconnaît plus. Et la radicalisation “n’était pas un phénomène expliqué dans les médias à l’époque”. La même année, sa fille tombe enceinte.

Une vie de femme au foyer à Raqqa en Syrie

Le petit-fils de Sophie naît début 2014. (…) Sa fille n’écoute plus de musique et son mari refuse qu’elle poursuive ses études et voie d’autres hommes. Cette même année, l’organisation Etat islamique proclame son “califat”. Par les services de renseignement, Sophie apprend que le compagnon de Léa est fiché, connu pour appartenir à la mouvance islamiste radicale.

Malgré la surveillance dont ils font l’objet, ils parviennent à partir en Syrie à la fin de l’année 2014. Pour Sophie, la nouvelle tombe sous la forme d’un message sur WhatsApp. Léa est désormais à Raqqa, “capitale” de l’EI, avec son fils de 8 mois. Bien que dévastée, elle s’efforce de”garder un lien coûte que coûte avec elle”.

Vingt-quatre mineurs rentrés en France depuis septembre 2016

La jeune grand-mère n’est pas seule à penser à ses petits-enfants. Selon les chiffres des services de renseignement, ils seraient quatre cent soixante “enfants du jihad”, nés ou arrivés en bas âge en Syrie ou en Irak. Quatre cent soixante enfants français à avoir grandi sur les terres de l’organisation Etat islamique.

Que faire d’eux lorsqu’ils rentreront en France ?

Ceux que l’on appelle “les lionceaux du califat” ont grandi dans des zones de guerre. Les plus âgés ont, au mieux, assisté à des exécutions et des combats, au pire, y ont participé. Ils ont parfois suivi un entraînement militaire et idéologique. Sophie refuse de songer à cette éventualité qui la terrifie.

(…)

Plus globalement, les familles restées en France sont tenues à l’écart du processus de retour des enfants du jihad et, pour des raisons de sécurité, ne savent pas où ils sont. “On peut comprendre qu’il y ait des grands-parents complètement désemparés, financièrement comme moralement, explique Sophie. Mais mon mari et moi avons les moyens financiers de prendre en charge nos petits-enfants.”

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Elle s’est renseignée auprès de la DGSI au cas où sa fille voudrait revenir. La réponse des services de renseignement l’a anéantie. “Ils m’ont dit : ‘ils ont pu y aller, il faut qu’ils se débrouillent pour rentrer.” Sa voix tremble. De colère cette fois. (…)

La DGSI a fait savoir depuis longtemps que la France ne bougerait pas un cil tant que les candidats au retour n’auront pas atteint la Turquie. Ce n’est qu’une fois là-bas qu’un dispositif de retour pourrait leur être proposé. “Atteindre la Turquie ? Expliquez-moi alors comment on sort un enfant d’une zone de guerre ?”, s’interroge Sophie. (…)


  1. Les prénoms ont été modifiés

Pierre Bafoil – Les Inrocks –Source (extrait-Synthese)