Mots-clefs

Pourquoi le FN tire la gueule malgré la qualification au second tour

En parvenant à se hisser au second tour comme son père quinze ans plus tôt, Marine Le Pen réalise une performance historique. Il n’empêche. Au soir du premier tour dans la salle François-Mitterrand à Hénin-Beaumont, son discours raide et son sourire forcé cachaient mal une certaine déception.

Pour parvenir à l’emporter, la présidente du FN espérait virer largement en tête à l’issue du premier tour. Déjà distancée par Emmanuel Macron, elle ne doute désormais plus de sa défaite annoncée.

Une courbe d’intentions de vote qui s’est affaissée en un an

Voilà pour la méthode Coué. En coulisses, la lecture des résultats est en réalité beaucoup plus morose. On estime que le FN est passé à deux doigts de la catastrophe. “Sans l’attentat sur les Champs-Elysées, je pense qu’elle ne passait pas, estime un proche. Marine Le Pen en est consciente. Avant le scrutin, elle essayait d’ailleurs de positiver en rappelant que les événements de novembre 2015 lui avaient fait gagner deux points.”

Embourbée dans une litanie d’affaires judiciaires sur les financements de ses campagnes, les soupçons d’emplois fictifs ou bien encore la sous-évaluation de son patrimoine, elle n’a pas su tirer profit des déboires de François Fillon. Alors que le FN ne s’est jamais privé d’entonner son fameux slogan (“Mains propres et tête haute…”), sa candidate est restée étonnamment silencieuse sur ses propositions pour moraliser la vie publique.

En interne, les langues se délient pour critiquer un projet “sans colonne vertébrale” et sans “cap”. En gérant sa position de leader plutôt qu’en prenant des risques pour conquérir de nouveaux électeurs, Marine Le Pen donne l’impression de n’avoir pas fait pleinement campagne. Un succès mitigé lors de son meeting marseillais le 19 avril.

Dans les derniers jours, la panique s’est emparée de l’état-major frontiste. … (…) …, nombreux sont ceux qui l’ont prié de revenir aux sources (critique de l’islam, de l’immigration et de l’insécurité…) afin de mobiliser ses électeurs. Critique partiellement entendue lors de son meeting à Paris, le 17 avril, où elle a vertement critiqué “l’immigration de masse”.

Puis étrangement passée sous silence deux jours plus tard, à Marseille, pour sa dernière réunion publique. Dans les rangs frontistes, ce meeting n’a pas dissipé le sentiment d’une campagne floue et qui finit par caler dans les derniers mètres. Malgré un dispositif de sécurité draconien et des bus venus de toute la France, 400 places sont restées libres sur les 5 000 que compte la salle.

Un contraste saisissant lorsque l’on songe que dix jours plus tôt, Jean-Luc Mélenchon n’avait eu aucun mal à réunir sur le Vieux-Port plus d’une dizaine de milliers de personnes pour un meeting à ciel ouvert.

Marine Le Pen avait exclu “le Menhir” sur la promesse qu’avec elle, la conquête du pouvoir serait possible. Si elle échoue à dépasser le fameux plafond des 30 % à l’issue du second tour, l’héritière pourrait avoir plus de difficultés à régner sans partage sur son legs familial.

Des lendemains qui déchantent après les législatives ?

Si l’idée d’un grand règlement de comptes à l’issue de la présidentielle n’est pas permise (en raison des législatives), le prochain congrès du FN, prévu au début de l’année 2018, promet d’être sportif. Depuis, entre les partisans de chacun des clans, on s’insulte copieusement et on a même parfois promis d’en venir aux mains. De quoi garantir, malgré cette éclaircie de circonstance, des lendemains qui déchantent.


D’après un article de David Doucet – Les inrocks – Extrait/synthase, source