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L’issue du premier tour de l’élection présidentielle, dans la confrontation entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, met en lumière de grandes évolutions politiques qui témoignent d’un désenchantement démocratique qu’un taux de participation assez élevé ne peut faire oublier.

Il faut tout d’abord souligner le poids désormais écrasant du populisme et du souverainisme. Parmi les quatre candidats principaux qui se sont détachés lors de la semaine précédant l’élection, deux, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, sont ouvertement populistes, alors que les deux autres, François Fillon et Emmanuel Macron, sont issus des élites traditionnelles et portent une vision libérale de l’économie ouverte à l’Europe et à la mondialisation.

Une fracture sépare en deux moitiés presque égales les tenants du souverainisme, sous ses deux habits, et auquel se sont ralliés tous les  » petits  » candidats n’appartenant pas à l’extrême gauche, et les partisans de la construction européenne. Lors des débats, il est vite apparu que la contestation de l’Union européenne a pris une telle ampleur qu’elle ne s’accommoderait pas d’ajustements juridiques ou techniques mais appellerait un aggiornamento profond, dont on peut se demander s’il serait entendu par les partenaires de la France.

Cet héritage va peser sur la vie politique française, dont les représentants ne pourront plus faire comme si la question n’était pas posée et se contenter de botter en touche en évoquant un énième sommet à Bruxelles. Le souverainisme est entré en force dans l’univers politique français, au diapason du Brexit, de l’élection de Donald Trump ou du changement de régime en Turquie. C’est autour de cette nouvelle bipolarisation que va s’organiser désormais la vie politique française


Extrait d’un article « edito-analyse » de Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS paru dans « Le Monde » – source