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Quel est ce chiffre qui affole à ce point les compteurs des détracteurs de Jean-Luc Mélenchon ? N’est-ce pas plutôt les 20 % desquels il est crédité dans les intentions de vote, déstabilisant les scénarios établis pour le second tour de la présidentielle ?

La réponse se trouve dans le tempo de ces attaques. Jean-Luc Mélenchon a été le seul candidat à ce jour à livrer un chiffrage économique et fiscal complet de son programme.

Durant cinq heures, le 19 février, ses équipes et lui-même se sont relayés sur sa chaîne YouTube pour égrener les dépenses et les recettes ajustées à leur effet sur la croissance, l’inflation, le chômage, les déficits…

Lorsque le candidat « naviguait » entre 11 ou 12 % dans les sondages… le chiffrage bien qu’identique en propositions ne souffrait pas de tant de ires médiatiques. Depuis cette semaine, plus rien n’est épargné au candidat de la France insoumise (FI), (…) aucune manipulation n’est trop grossière.

Un exemple : le programme prévoit certes une hausse des prélèvements de 120 milliards d’euros… mais étalée sur cinq ans, ce qu’omettent de préciser ses détracteurs, soit 24 milliards par an. Idem pour l’investissement et les dépenses publiques : les « 270 milliards » (265 en réalité, selon le document de cadrage du programme) représentent 53 milliards par an sur cinq ans, décomposés en 20 milliards d’investissements, soit l’équivalent du Cice dépensé en pure perte chaque année par François Hollande depuis 2013, et 33 milliards pour les nouvelles dépenses, soit moins que le coût du « pacte de responsabilité » pour 2017 (41 milliards) !

Avec un plan de relance pesant en tout et pour tout 2,4 % du PIB, on est donc loin de la « collectivisation massive de l’économie » promise par le Figaro à grands renforts d’avis d’« experts » gravitant tous dans les milieux proches du Medef, comme ne le précise pas le quotidien.

À la limite, les tenants d’un programme de « révolutionnaire communiste », pour paraphraser l’accusation d’Emmanuel Macron, pourraient même reprocher à Jean-Luc Mélenchon une certaine timidité… Le candidat le reconnaissait lui-même en marge de son émission de chiffrage : « Notre projet n’est pas marxiste, il est keynésien. »

Moins d’impôts en dessous de 4 000 euros par mois

Quant au « matraquage fiscal », il ne fait nullement partie de ses intentions. « Ils surimposent la classe moyenne, et c’est à moi qu’on vient faire des reproches à propos de l’impôt », a ironisé Jean-Luc Mélenchon, en meeting à Lille mercredi et dont le programme fiscal consiste à « changer la répartition de l’effort ». Ainsi « toute personne qui gagne moins de 4 000 euros par mois paiera moins qu’aujourd’hui », affirme-t-il.

« L’idée, c’est que tout le monde paie en fonction de ses capacités contributives, explique Marie Agam, ex-inspectrice des impôts et corédactrice du programme de la FI sur la fiscalité. Nous voulons augmenter le nombre de tranches de l’impôt sur le revenu (IR), c’est-à-dire desserrer l’étau qui pèse aujourd’hui sur les classes moyennes. Dans la moitié des ménages qui paie aujourd’hui des impôts, la classe moyenne en paie les trois quarts, les autres qui devraient contribuer davantage paient de façon totalement insuffisante. »

La faute à un impôt devenu injuste à force de réformes qui ont affaibli sa progressivité. « On a réduit le nombre de tranches d’impôt sur le revenu. Si vous les réduisez, qui porte tout sur son dos ? Ceux qui sont au milieu, a indiqué Jean-Luc Mélenchon à Lille. On fait une autre proposition : nous allons créer 14 tranches. Et, en haut, ils vont payer beaucoup. Pourquoi ? Parce qu’ils ont beaucoup. » N’en déplaise aux éditorialistes qui jouent les épouvantés, la mesure n’est pas nouvelle. Elle était déjà dans «l’Humain d’abord», le programme du Front de gauche en 2012. « Nous proposons d’étaler les taux de 0 à 90 % à travers 14 tranches, confirme Marie Agam. Cela permettra d’avoir des seuils moins élevés que les 5 tranches d’aujourd’hui, et de nettoyer l’IR des niches dont il est grevé. La Cour des comptes en recense 451. Elles représentent 60 à 70 milliards d’euros. On est dans une récupération de tout ce qui n’a pas été imposé depuis des décennies. »

Un impôt concentré sur les plus hautes tranches

Selon la responsable de la FI, cette « récupération » se concentrera sur les très hautes tranches : « Entre 4 000 et 6 000 euros par mois, l’impôt resterait stable. Et au-delà de 6 000 euros, il y aura progressivement une augmentation jusqu’à la 14e tranche. Pour cette dernière, sont concernés les revenus au-delà de 300 000 euros par an. » Une mesure qui touchera 0,05 % des contribuables. « Ils pleurent parce que je dis qu’à la dernière tranche, on leur prendra 90 %, réplique à ses contempteurs Jean-Luc Mélenchon. Ça fait une histoire pareille pour 0,05 % des contribuables et ça ne leur tire pas une larme quand 565 personnes meurent sur leur poste de travail ! »

Autre point du programme sur lequel ses adversaires sont muets : la baisse de la TVA, elle aussi proposée par le Front de gauche dès 2012 (…). À l’inverse de ses concurrents qui envisagent de l’augmenter, le candidat veut soulager la facture de cet impôt injuste par excellence, car payé au même taux par les plus riches comme les plus pauvres, et pesant davantage dans le budget des plus modestes.

Quant à l’impôt sur les sociétés (IS), là aussi, le programme du candidat est loin de la caricature qu’en font ses opposants : « Nous élargirons l’assiette pour le rendre plus équitable, on supprimera le Cice et nous baisserons l’IS. Il y aura donc une relance pour les PME, car elles paieront moins que les grands groupes, alors qu’aujourd’hui c’est l’inverse », détaille Marie Agam.


Sébastien Crépel et Julia Hamlaoui – Source (Extrait/synthèse)