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Une nouvelle façon de communiquer qui doit « encore » trouvé/prouvé son utilité.D’abord sur Snapchat puis Instagram et maintenant Facebook et WhatsApp, elle s’affirme comme la nouvelle forme narrative de l’intime.

Un utilisateur assidu de « cette technique narrative »  se prénomme Simon Porte Jacquemus, et il est connu pour sa marque du même nom aux créations ludiques et femme-enfant. Mais pas que : les aficionados savent déjà que le deuxième grand talent du jeune homme est son utilisation des réseaux sociaux, devenue une extension parfaite de son image et une source de créativité en soi.

Après un compte Instagram maîtrisé, sorte de moodboard géant de sa vie, il se lance tête la première dans le nouveau format, les InstaStories : ce collage éphémère permet de poster en direct des images et vidéos de son quotidien re-décoré de smileys et dessins. Ainsi, on découvre, heure après heure, ses balades champêtres, ses soirées arrosées et ses sources d’inspiration en devenir.

Il n’est pas le seul à employer cette nouvelle option pour donner à voir une intimité enrichissant son image. La comédienne grinçante et hilarante Sophie-Marie Larrouy [SML pour les intimes), que l’on peut notamment apercevoir sur Arte, embarque sa fan base au fil de ses monologues avec son miroir, son téléphone portable, et développe une immédiateté aux qualités de stand-up.

Les tops Hiandra Martinez et Setena Forrest postent l’envers du décor de leurs shootings et de leurs vies mannequineuses et dévoilent humour et spontanéité. Ce format est la version Instagram d’une technique inventée par Snapchat, permettant de créer des « stories » qui durent une journée, pimpées par des filtres déformants. Il est aussi repris par Facebook sous le nom de Messenger Day, et par WhatsApp et ses Status, proposant toutes globalement la même fonction hyperactive et chronométrée.

Il souligne une évolution nette dans l’utilisation des réseaux sociaux. A l’heure où Instagram a quelque peu perdu sa promesse première d’instantanéité — le site est très institutionnalisé, investi comme un site web, utilisé de façon ultra léchée par les marques —, ces images éphémères promettent autre chose : une possibilité d’évanescence dans un monde où rien ne disparaît jamais.

Avec en toile de fond le ghosting (cette nouvelle façon de rompre qui consiste tout bonnement à disparaître ou ne plus jamais rappeler son partenaire) et les applis permettant de faire disparaître toute trace 3.0 d’un(e) ex, cette nouvelle trame narrative ne construit pas l’image dans la durée, mais redonne au récit la qualité qu’ont une parole ou un échange humain. Disparaître, pour mieux se montrer?


Alice Pfeiffer – Les Inrocks N°1115