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Existe-t-il vraiment une France aspirant  » à être gouvernée au centre  » ?

S’agit-il d’une vraie rupture ?

Penser aujourd’hui la singularité de 2017, dans le continuum des précédentes élections, est un vrai défi. Les commentaires se multiplient pour dire que cette campagne ne ressemblerait à aucune autre. Elle n’est pas pour autant un accident dans un processus de transformation de système des partis ni même dans un essoufflement fatal des institutions de la Ve République. Elle en est l’acmé.

Au-delà de ces débats, cette campagne apparaît comme une épreuve pour la démocratie. Une démocratie dépossédée par les institutions de la Ve République.

En 2017, l’incertitude qui règne concerne moins le nom des partis ou l’avènement de nouvelles organisations. Elle touche aux clivages capables de structurer le système. Car cette notion de clivage est bien au cœur de cette campagne.

Deux types de posture se dessinent : des candidats et candidates, qui sont, selon les sondages, les mieux placés, refusent les clivages traditionnels et notamment le clivage droite-gauche ; les autres les affirment, les renforcent et en font l’élément majeur légitimant leur candidature.

Prétendre que les clivages traditionnels n’existent plus nourrit plusieurs interrogations. Il est possible qu’ils ne fassent plus sens. Pourquoi pas ? Les usages des notions de droite et de gauche ont été assez malléables au cours des deux derniers siècles. Mais il convient alors de se demander ce qui est de nature à sédimenter les soutiens et de quelle réserve de voix un candidat prétendant les clivages surannés disposerait pour le second tour

Une société sans clivage n’existe pas. La démocratie repose même sur cette réalité. Elle est  » le régime qui accepte ses contradictions au point d’institutionnaliser le conflit « . Mieux, les clivages seraient même les garants de ce régime.

La démocratie ne se confond pas avec la seule conquête des suffrages ou la seule victoire électorale. Elle suppose un gouvernement responsable agissant en vertu du mandat qui lui a été confié et, donc, des engagements – clivants – qui ont été pris. Or on le devine, le deuxième tour fera probablement apparaître une vraie opposition. Celle-ci pourrait se résumer à la confrontation entre la candidate frontiste et un candidat souhaitant incarner tout le reste.

Ce dernier risquerait alors de se définir par défaut, faisant de son adversaire le maître du duel. Il contribuerait à la victoire de la stratégie frontiste in fine. Une stratégie qui vise avant tout les législatives. L’absence de clarification sur les clivages du premier tour amplifiée par des ralliements désordonnés et dispersés prendra, alors, une tournure dramatique : celle d’un report au second tour de plus en plus difficile voire impossible ; celle, aussi, de ralliements provisoires mais qui ne suivront pas aux législatives.


Extrait/Synthèse d’un article signé de Renaud Payre dans le Monde titré « Le clivage droite-gauche n’a pas disparu » Source