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Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti anticapitaliste, appelle à la révolte des catégories populaires pour mettre à bas le « système capitaliste ». Dans son programme, la réquisition des grandes entreprises, l’interdiction des licenciements et un revenu décent pour tous.

  • Pourquoi vous présentez-vous à l’élection présidentielle ?

Au NPA, nous ne pensons  pas que les élections changent la vie. Nous ne voulons pas non plus obtenir la présidence de la République, car cette fonction est antidémocratique. Mais nous tenons à être présents dans cette élection pour faire entendre un autre discours.

Avec ma candidature, celle d’un salarié, à l’opposé des politiciens professionnels, nous voulons montrer que nous, les gens d’en bas, pouvons-nous occuper nous-mêmes de nos affaires politiques. Il y a même urgence à ce que notre camp social réfléchisse et s’organise par lui-même. Nous voulons une rupture avec la politique telle qu’elle existe aujourd’hui. Et des solutions aux problèmes des gens : l’interdiction des licenciements, les réquisitions des grandes entreprises..

  • Qu’est-ce qui vous distingue de Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) ou Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise)

Avec Nathalie Arthaud, qui est une salariée elle aussi, nous avons beaucoup de choses en commun. Nous avons aussi des différences, qui seraient trop longues à expliquer, qui conduisent à deux candidatures distinctes. Mais nous sommes du même camp social.

Avec Jean-Luc Mélenchon, c’est différent. Nous avons aussi des points communs. Il représente la gauche qui reste de gauche, avec des revendications sociales. Mais Jean-Luc Mélenchon est un homme qui a fait toute sa carrière au PS. Ce parti nous a trahis, et pas qu’avec Hollande, déjà avec Jospin et Mitterrand. Par ailleurs, nous sommes internationalistes, pour la liberté de circulation et d’installation. À l’opposé du chauvinisme et des discours sur la République de Jean-Luc Mélenchon

  • Vous vous présentez à l’élection maïs vous voulez la révolution ?

Nous voulons une confrontation politique et sociale avec le camp qui dirige la société : les gros capitalistes, les banquiers, les milliardaires.

Nous pensons que seul le rapport de force, par des luttes sociales, permettra d’obtenir des satisfactions sur la question des licenciements, des services publics, des problèmes environnementaux. Nous voulons faire prendre conscience à la population qu’elle doit défendre elle-même ses intérêts, s’organiser et relever la tête, pour ne pas continuer à se faire écraser par le système.

  • Comment ?

Il n’y a pas de recette. Ce qui se passe en Guyane aujourd’hui n’était pas organisé. Le mouvement est le fruit de la colère de milliers de gens. Nous espérons que la grève générale va durer, car c’est dans ces moment-là que les travailleurs obtiennent des avancées. Tout le progrès social est le fruit de combats Sans révolte, l’esclavage serait toujours en vigueur. Les congés payés n’ont pas été accordés par une loi mais par des mouvements sociaux. Il faut un mouvement social, une force politique, pour s’opposer au libéralisme.

  • Quelles sont vos priorités ?

Nous voulons l’arrêt des licenciements. Nous voulons les 32 heures. Nous voulons un revenu décent pour tous. Nous voulons une économie au service de la population. Cela passe par des expropriations, des réquisitions… Avec un objectif : que l’économie ne soit plus aux mains du privé. Les banques, par exemple, doivent être publiques. Les capitalistes les utilisent uniquement pour la rentabilité, les dividendes et les profits. Sans se demander comment faire pour que la population vive bien.

  • Comment comptez-vous réquisitionner ces biens ?

Par une bataille sociale ! Par une mobilisation de millions de gens. Je suis atterré que cette idée puisse choquer. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’on peut virer des gens, les condamner à dormir dehors, fermer des hôpitaux, des maternités et où cela paraît normal. Mais où il serait impossible de prendre des grandes entreprises ? Notre monde a intégré l’injustice, et la concentration des richesses entre les mains d’une poignée de gens. Cette société est violente, et génère une grande misère. Il faut la combattre et la renverser !

  • Que ferez-vous après l’élection présidentielle ?

Les élections n’offriront pas de solution. Les politiques ont fait la démonstration qu’ils étaient incapables de trouver des solutions aux problèmes. Le monde actuel est une catastrophe sur le plan social, environnemental mais aussi en matière de préjugés racistes, sexistes… Il faut penser à organiser les ripostes. Le mouvement social est divisé, fragilisé. Notre problème est de savoir comment le reconstruire. Nous savons qu’il faut se réorganiser, résister, mais nous ne savons pas encore comment.


Recueilli par Élodie Bécu et Joël Carassio – Le Dauphiné Libéré du04 Avril 2017