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Et si la surprise n’était pas « que dans le nom du candidat désigné Président », mais surtout par l’énorme et inhabituelle participation électorale de tous les abstentionnistes qui en ont marre d’être ignoré et veulent une autre société et d’autres élus a la tête du pays ! MC

Triste et inquiétante campagne présidentielle qui s’égrène désormais au rythme des affaires, de montres en costumes, d’emplois fictifs en activités de conseil grassement rémunérées ! Tout confirme le haut degré de pourrissement de nos institutions gangrénées par l’argent et les privilèges.

Ces prébendes et petits arrangements au profit de politiciens sans scrupules sont l’exact opposé du sang et des larmes qu’ils veulent imposer à celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre et parfois survivre.

A ceci s’ajoute le confusionnisme organisé comme écran de fumée pour promouvoir le candidat Macron, nouveau serviteur des milieux d’affaires. La cinquième République sortira essorée de cette séquence électorale. Se joue manifestement dans la décrépitude de nos institutions quelque chose d’extrêmement grave.

Le succès de la grande marche pour une nouvelle République en soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon a signé un moment important d’une ambition, désormais largement partagée, à séparer la loi républicaine de la loi de l’argent, à refondre le contrat social sans lequel risquent de se disloquer dans le fracas toutes nos solidarités chèrement construites. Il importe de prendre les devants alors que se consolide une réponse réactionnaire et antisociale au délitement institutionnel qui peut s’enraciner si la passivité venait à gagner progressistes et humanistes.

Les rejets actuels nourris de la corruption et des tromperies risquent de provoquer un dangereux basculement si les citoyens n’exigent pas qu’on débatte enfin des projets et de l’avenir de nos enfants.

« L’appel de la solidarité » lancé la semaine dernière par 80 associations est un bel aiguillon. Faire de la solidarité la colonne vertébrale des politiques du prochain quinquennat et de la prochaine législature est un impératif. Qu’il s’agisse de la prédation des écosystèmes, de l’indispensable lutte contre le pouvoir des banques et des multinationales, de ceux qui alimentent les paradis fiscaux ou du sort réservé aux migrants, la solidarité de toutes les forces de progrès, politiques, syndicales, associatives ou citoyennes est une des conditions nécessaires d’une nouvelle dynamique populaire.

Il est d’autant plus nécessaire que se lève un nouveau front, qu’une entreprise hors norme de dépolitisation des enjeux est à l’œuvre, minutieusement préparée pour empêcher l’expression de la souveraineté populaire.

Les ralliements de responsables socialistes et de figures gouvernementales à la candidature de M. Macron participent de ce brouillage des repères et sont autant de flèches adressées à Benoit Hamon et sa candidature de contestation des politiques libérales, plébiscitée par les électeurs de la primaire socialiste. Le prétexte d’un vote utile face à la progression de l’extrême droite, entretenue depuis des années pour cloisonner le système électoral, n’a pour seul objet que d’empêcher l’émergence d’une politique de gauche, voire de l’assassiner.

C’est le vieux rêve d’une recomposition au centre de la vie politique en forçant, grâce au vote utile, l’acception des règles les plus absurdes et dogmatiques des institutions européennes et du capital en marche vers de nouvelles sources de profit et une aggravation des inégalités.

Peu importe la colère qui monte contre ce libéralisme agressif et a-démocratique ! Il faut l’étouffer pour préserver les privilèges du capital ! Voilà le but de l’opération en cours ! Un exemple nous en est offert avec le maintien imposé à la tête de l’euro groupe du néerlandais Jeroen Dijsselbloem malgré ses insultes réitérées aux travailleurs et aux femmes des pays du sud de l’Europe (1) et la débâcle électorale de son parti lors des dernières élections aux Pays bas qui, avec 5.7% des suffrages, a perdu les trois quarts de ses voix !

La confiscation de la souveraineté populaire au profit d’une gouvernance technocratique qui fait partout le jeu de l’extrême droite et de la démagogie populiste est à l’œuvre. Ce petit jeu malsain ne peut durer qu’au prix de lourdes et graves déconvenues.

Dès lors le prétendu vote utile n’est qu’un vote futile. Le vrai vote utile est celui qui permet aux travailleurs, aux jeunes, aux femmes de se constituer en mouvement pour contrecarrer pied à pied les propositions et idées de l’extrême droite et non de dresser un illusoire barrage électoral dès le premier tour. Qui permette surtout qu’enfin soient apportées des réponses concrètes de progrès aux difficultés qui assaillent nos concitoyens, afin d’assécher le fonds de commerce de l’extrême droite.

Faire usage de son bulletin de vote est un moyen d’ouvrir un chemin aux intérêts populaires, au combat contre les inégalités, pour le pouvoir d’achat et le travail, la transition environnementale.

Se saisir du bulletin de vote pour Jean-Luc Mélenchon est le seul moyen de signifier clairement son désir d’un autre pouvoir et d’une autre société démocratique et humaine. La dynamique qui se dessine en sa faveur et l’éclat de sa campagne électorale peuvent changer beaucoup de choses pour le rassemblement du peuple de gauche et des classes populaires, pour un nouveau pacte de progrès qui sera la grande affaire des élections législatives. Donnons-lui encore de l’élan !


Patrick Le Hyaric, Député Européen GUE – Source