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En janvier, quand le Canard enchaîné a révélé la première des affaires visant François Fillon, le FN a timidement réagi. Et pour cause : il est visé par une enquête sur des faits similaires au Parlement européen.

Depuis, Aymeric Chauprade, ex-cadre du FN et député européen, accuse même le FN d’avoir sciemment organisé ces emplois fictifs. Il assure que Marine Le Pen était au courant, et surtout, à l’origine de ce montage. Aymeric Chauprade, qui avait quitté le FN avec fracas il y a plus d’un an (il soutient désormais François Filon) et était entendu comme témoin par les magistrats hier, est-il animé par un sentiment de revanche ? Ou souhaite-t-il seulement apporter sa version aux juges, qui enquêtent sur l’affaire depuis deux ans ?

Que reproche-t-on au FN?

Car le calendrier de cette affaire ne coïncide pas avec celui de la présidentielle, comme aime à le répéter Marine Le Pen : elle dure depuis deux ans.

En 2015, le Parlement européen s’est étonné que 29 des assistants FN (sur une soixantaine) travaillent en fait au parti. Le Parlement européen rémunère directement les collaborateurs, leur interdisant d’exercer ailleurs, surtout à plein-temps. C’est ce que l’institution reproche à Catherine Griset, chef de cabinet de Marine Le Pen et Thierry Légier, son garde du corps. Plusieurs d’entre eux étaient même tenus d’habiter Bruxelles, par contrat, mais n’y mettaient jamais les pieds.

Où en est l’affaire ?

L’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) du Parlement a enquêté plusieurs mois. Conclusion : Catherine Griset, qui ne logeait pas à Bruxelles, se faisait rarissime au Parlement. Et les fonctions de garde du corps de M. Légier semblent incompatibles avec son emploi d’assistant parlementaire…

Le préjudice total est estimé à 7,5 millions d’euros. L’Olaf a déjà réclamé -en vain- 339 000 € à Marine Le Pen pour ses assistants Catherine Griset et Thierry Légier : ayant refusé de rembourser, elle a vu son indemnité d’eurodéputée amputée depuis février. Le même sort s’applique à son père depuis juillet dernier. Quatre autres députés FN sont concernés à ce jour: Dominique Bilde, Bruno Gollnisch, Sophie Montel et Mylène Troszczynski.

L’enquête a aussi un versant français : le parquet de Paris, saisi dès mars 2015 par le Parlement européen, a ouvert une instruction judiciaire le 15 décembre 2016. Les juges soupçonnent une « escroquerie en bande organisée », peut-être assimilable à un financement illégal de parti politique. Les accusations d’Aymeric Chauprade, citées dans un livre (1) et corroborées par un reportaged’« Envoyé spécial », sur France 2, ont conduit les juges à le convoquer hier comme témoin.

Qu’en dit Marine Le Pen ?

Marine Le Pen dénonce « une persécution politique » orchestrée par l’ancien président (social-démocrate) du Parlement européen Martin Schulz, avec la complicité de Manuel Valls alors Premier ministre. Et accuse Aymeric Chauprade de mentir, d’être « un affabulateur ».

Alors qu’elle se défend de tout emploi fictif, son avocat sous-entend que la pratique est courante à Bruxelles… en citant des eurodéputés socialistes espagnols ou polonais.

Marine Le Pen accuse l’Olaf d’être « un instrument politique », qui n’a pas vocation à enquêter et à recouvrer les sommes dues – or, c’est exactement son rôle. Surtout, le FN s’oppose à la naissance d’un « parquet européen », dans les tuyaux depuis 2013, qui- aurait un statut judiciaire pour traiter ce type d’affaires…


Joël CARASSIO – Le Dauphiné Libéré 29 mars 2017


(1) « Marine est au courant de tout », 21 € (Flammarion)