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En Sibérie, un mystérieux trou relativement important est apparu dans le sol gelé en permanence, le pergélisol : plusieurs hypothèses sont avancées, des plus extraordinaires aux plus réalistes.

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C’est le journal Siberian Times qui révèle cette surprenante découverte : un gouffre béant de 30 à 60 mètres de diamètre pour une profondeur estimée entre 50 à 70 mètres, est apparu il y a maintenant un ou deux ans dans la péninsule sibérienne lacustre de Yamal (Russie), un nom qui signifie « extrémité du monde » dans la langue locale.La péninsule de Yamal est parsemée de très nombreux lacs de forme circulaire qui s’apparentent aux gouffres en formation.

Comment ce trou a-t-il pu se former ? 

Les principales hypothèses avancées vont des extra-terrestres à l’effondrement du pergélisol, sous l’action du réchauffement climatique, en passant par une nouvelle chute de météorite. Il pourrait également s’agir d’une chute de météorite, la Russie, plus grand pays du monde, en a connu de nombreuses dont une particulièrement puissante et spectaculaire l’année dernière.

Pourtant, selon le ministère russe des situations d’urgence : « Nous pouvons définitivement affirmer qu’il ne s’agit pas d’une météorite ». En effet, les monticules de matériaux qui bordent le trou et qui forment les parois du cratère ont été éjectés de l’intérieur du trou, laissant croire qu’il s’agirait plutôt d’une explosion souterraine. De plus, la couleur sombre de la terre autour du cratère semble être de la roche calcinée.Le cratère est occupé à 80 % par un lac glacé qui est alimenté par les eaux de ruissellement qui viennent de la surface.

La crevasse est située à environ 30 km du champ gazier de Bovanenkovo, exploité par Gazprom depuis 2012. En effet, la région qui s’étend sur plus de 700 km, regorge de gaz et de pétrole. Un lien peut-il être fait entre les deux ? 

Les premières investigations de l’équipe de scientifiques et d’ingénieurs qui s’est rendue sur place mi-juillet 2014 confirment qu’il s’agit d’un phénomène naturel, même si il demeure des zones d’ombres pour l’expliquer, rapporte le Siberian Times. Andrey Plekhanov, chercheur senior au Centre of Arctic Research, a précisé au journal : « Nous avons pris des échantillons de sol et de glace qui sont allés directement en laboratoire. Nous pouvons affirmer que le cratère est apparu relativement récemment, peut-être un ou deux ans (…)

Peut-il être lié au réchauffement climatique ?

Nous devons poursuivre nos recherches pour répondre à cette question. (…)

Pour Andrey Plekhanov, il pourrait s’agir d’un phénomène qui s’est déjà produit il y a 8.000 ans et qui expliquerait l’abondance des lacs dans cette région, une théorie déjà avancée dans les années 1980. Dans tous les cas, ce cratère n’a pas directement une origine anthropique : les champs gaziers sont trop éloignés du site et aucune activité humaine n’a été relevée.

Quant aux ET, les scientifiques balaient l’idée : ce phénomène est exceptionnel de mémoire d’Homme mais en aucun cas étrange et inexplicable : « Il n’y a rien de mystérieux ici, c’est simplement les lois de Mère Nature avec ses changements de pression interne et de température » ajoute Andrey Plekhanov.

D’autres trous apparaissent 

Un an après la formation de ce gouffre, de nouveaux trous impressionnants continuent de se former en Sibérie. La profondeur du cratère le plus important atteint 60 mètres. « J’étais très choqué quand j’ai vu ces gouffres pour la première fois. On peut y mettre une maison de 25 étages », a déclaré le correspondant du média RT, Vitaliï Bouzouev.

La fonte du pergélisol : une menace pour l’environnement Anna Kurchatova, une chercheuse du centre subarctique de Recherche scientifique avance l’hypothèse d’une gigantesque explosion souterraine engendrée par un mélange d’eau, de sel et de gaz sous l’effet de la fonte du pergélisol.

En effet, il y a environ 10.000 ans, la zone était recouverte d’une vaste étendue d’eau salée. Depuis, elle a disparu mais l’eau perdure en partie à l’état de glace sous la surface emprisonnant également du sable, du sel et du gaz… Avec la fonte progressive de la glace dans le sol sous l’effet du réchauffement climatique, le gaz aurait été expulsé, à la manière d’un bouchon de champagne, causant cette explosion.

Rappelons que près d’un quart de l’hémisphère nord est recouvert par le pergélisol. La glace du pergélisol s’est formée pendant ou depuis la dernière période glaciaire et s’enfonce jusqu’à des profondeurs de plus de 700 mètres dans certaines régions du nord de la Sibérie et du Canada. Le pergélisol se compose d’une couche active pouvant mesurer jusqu’à deux mètres d’épaisseur. Cette couche active dégèle chaque été et gèle de nouveau chaque hiver.

En-dessous de cette couche, le sol est gelé en permanence. Avec le réchauffement climatique en cours, d’énormes quantités de matières organiques stockées dans les sols gelés commenceraient à se décongeler et à se décomposer, libérant progressivement de grandes quantités de CO2 et de méthane (CH4) dans l’atmosphère. Selon le ministère russe des Situations d’urgence cité par Ria Novosti, le dégel du permafrost arctique suite au réchauffement climatique pourrait constituer une menace non seulement pour les infrastructures destinées à la production de pétrole, mais aussi pour les zones de stockage de déchets radioactifs. « Les tours de forage, les stations de pompage et les oléoducs sont conçus pour être exploités dans des limites de changement bien déterminées des conditions climatiques.

Le dépassement de ces limites risque, avec un haut degré de probabilité, d’entraîner une série de conséquences négatives », lit-on dans une prévision établie par le ministère pour 2014. Les golfes de la mer de Kara abritent de nombreux objets ayant servi aux essais nucléaires effectués en Nouvelle-Zemble, des fragments du brise-glace atomique Lénine, ainsi que le sous-marin nucléaire K-27. D’après le ministère des Situations d’urgence, un abysse avoisinant l’archipel renferme près de 1 200 objets radioactifs dangereux. En Russie, la superficie totale des régions dont le sol est gelé toute l’année s’élève à près de 10,7 millions de km2, ce qui constitue 63% du territoire du pays. Ces régions recèlent plus de 70% des réserves prospectées de pétrole, environ 93% des réserves de gaz naturel et des gisements importants de houille. Elles abritent également des infrastructures ramifiées du complexe énergétique national, indique Ria Novosti.


Christophe Magdelaine / notre-planete.info – Source : notre-planete.info


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