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François Fillon, son épouse et d’autres protagonistes devront répondre auprès des magistrats instructeurs des affaires d’emplois fictifs. La menace d’une mise en examen plane sur sa campagne.

Une semaine de répit pas plus. Le candidat de droite avait calmé ses députés frondeurs, revenait sur le terrain, remontait dans les sondages, voyait l’actualité judiciaire se déplacer vers le Front national.

Vendredi 24 Février 2017, François Fillon a de nouveau été rattrapé par le Penelopegate, cette affaire d’emplois fictifs qui tel le sparadrap du capitaine Haddock reste accrochée au moindre de ses faits et gestes de campagne depuis bientôt un mois.

Trois juges nommés

Le parquet national financier (PNF) a donc bouclé son enquête préliminaire sur les emplois présumés fictifs de Penelope Fillon entre 1986 et 2012 comme assistante parlementaire de son mari ou de Marc Joulaud, député suppléant de François Fillon de 2007 à 2012. Après avoir constaté la semaine dernière que le dossier ne pouvait faire l’objet d’un classement sans suite, la procureure du PNF choisit d’ouvrir une information judiciaire donc de saisir des juges d’instruction « en raison de l’ancienneté des faits concernés ». Pas de procès en citation directe donc.

Cette information est ouverte pour détournements de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ses délits, trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

Les trois juges nommés, ce qui est souvent le cas dans les affaires sensibles, devraient donc entendre rapidement les protagonistes. Ils peuvent décider de nouvelles investigations avant de prononcer des mises en examen ou un non-lieu.

Le parquet n’a pas précisé si cette affaire concernait uniquement les rémunérations de Pénélope Fillon comme assistante parlementaire, évaluées à plus de 500.000 € ou bien si elle était étendue aux enfants du couple rémunérés comme assistants de François Filon au Sénat de 2005 à 2007 et à l’emploi de Pénélope Filon à « La Revue des deux mondes » de mi 2013 à fin 2014.

Les avocats ont réagi hier soir. Mais la défense du candidat n’a pas changé. Son entourage s’étonnait hier soir du « timing de cette ouverture d’information judiciaire: », ou bien dénonçait carrément « un acharnement judiciaire relayé par des médias ».

Il dénonce l’acharnement

En meeting à Maisons-Alfort en banlieue parisienne, le candidat s’est contenté de deux phrases sur le sujet : « Si nos convictions déclenchent au tant de fureur, si ma personne est attaquée avec tant d’acharnement, c’est qu’elles heurtent ce consensus mou qui n’aime la droite que lorsqu’elle marche à l’ombre et lorsqu’elle réforme a minima » a lancé le candidat acclamé par l’assistance qui avait consigne de ne pas siffler les journalistes.

Il a enchaîné sur un discours très offensif contre Marine Le Pen, « le chaos assuré pour notre économie » et Emmanuel Macron « la continuité du désastreux bilan Hollande ». Plus question de passer du temps sur le sujet : à la stratégie de la défense sur le dossier de la première quinzaine, à celle de la victimisation, succède le « circulez il n’y a rien à voir ».

Son camp fait bloc

Même ceux qui appelaient au plan B comme le député du Rhône Georges Fenech ne souhaitaient pas commenter cette nouvelle’ étape : « J’ai tout essayé en vain » lâchait l’élu du sud lyonnais.

Politiquement, le candidat continue de miser sur la solidité de son socle d’électeurs de droite et sur la fidélité des « barons » de son parti. Son entourage rappelle qu’un score entre 20 % et 24 % peut suffire pour accéder au second tour. Une réunion de calage est prévue lundi pour décliner le programme du mois de mars autour du candidat mais aussi de « grands élus » du parti LR et de l’UDI.

Le calendrier reste cependant allégé. « Il a hâte de la confrontation sur les programmes ; c’est ce qui compte aux yeux des Français » déclarait hier soir son porte-parole, Thierry Solère qui ajoute aussitôt: « François est courageux, il maîtrise ses sujets et ses nerfs ». Mais pas le calendrier judiciaire…


Article non signé – Le Dauphiné Libéré – 25 Fév. 2017