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Plusieurs analyses, oui je suis bien conscient que cet article est un peu long, mais à un moment il faut bien entrer dans le vif du sujet pour comprendre, analyser, accepter ou rejeter les programmes qui nous sont proposés. MC

Selon un article-analyse de Jean-Christophe Catalon

« Voici Esprit de campagne, l’émission de la campagne de la France insoumise, qui débute avec une spéciale pour tout vous dire sur le chiffrage du programme l’avenir en commun », lance Guillaume Tatu, ex-présentateur d’iTélé. Non, il ne s’agit pas d’une émission télévisée, mais d’un direct sur Youtube organisé par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon dimanche pour présenter les détails de son programme économique.

Autour du candidat, ses économistes référents : Jacques Généreux et Liem Hoang Ngoc. Le premier, professeur d’économie à l’Ecole doctorale de Sciences Po, avait déjà un rôle majeur dans la campagne de 2012. Le second, économiste et conseiller Régional d’Occitanie, a quitté le PS en 2014 pour fonder la Nouvelle gauche socialiste, un parti des déçu du hollandisme, avant de rejoindre la France insoumise.

Au total, ils se sont livrés à près de 5h30 de direct pour exposer dans les détails et à leur manière l’ensemble des propositions économiques, dont voici les cinq chiffres clés.

■ 100 milliards d’euros pour un plan d’investissement financé par l’emprunt

D’inspiration keynésienne, ce programme se base sur un vaste plan de relance de 100 milliards d’euros d’investissement financé par l’emprunt. Dans le détail, ce plan se décompose en trois grands axes d’investissement. Un chèque de 50 milliards d’euros consacré à « l’urgence écologique », dont la moitié au développement des énergies renouvelables. Puis 45 milliards d’euros pour répondre à « l’urgence sociale », notamment le logement. Enfin 7 milliards sont destinés aux services publics.

Alors que la rigueur budgétaire freine la consommation et l’activité, Jean-Luc Mélenchon espère « remettre en route » l’économie avec ce plan, dont l’effet multiplicateur serait de 2 à 3, selon lui.

Le candidat a néanmoins reconnu que ce choc d’investissement ne se ferait pas sans obstacle : « On ne dépense pas 100 milliards en un claquement de doigt », a-t-il expliqué, relève l’AFP, rappelant que tout investissement devait nourrir un projet établi et solide. « Pour nous le plus difficile sera de gérer le délai. »

■ 173 milliards d’euros de hausse de la dépense publique sur cinq ans

Ce plan sera accompagné d’un programme d’augmentation de la dépense publique : 173 milliards d’euros supplémentaires sur le quinquennat (soit 34,6 milliards d’euros par an).

Celui-ci est destiné en particulier à financer les hausses de salaires et le plein emploi. Le dispositif prévoit de s’atteler au chômage de longue durée via la sécurité sociale intégrale par exemple. Il s’agit alors pour l’Etat de fournir un emploi aux chômeurs en fin de droits.

■ 90% : le taux marginal de la dernière tranche de l’impôt sur le revenu fixée à 400.000 euros annuels

Pour financer de telles dépenses, il faut évidemment des recettes.

« Au-dessus on prend tout », c’était déjà la formule de Jean-Luc Mélenchon en 2012 pour vendre sa proposition de fixer un taux marginal de 100% sur les revenus supérieurs à 360.000 euros annuels.

Cinq ans plus tard, le candidat de la France insoumise réitère cette proposition phare de sa « révolution fiscale », avec une très légère souplesse. Cette fois-ci, le taux marginal serait fixé à 90% pour les revenus supérieurs à 400.000 euros annuels.

Sur le même modèle que l’impôt sur le revenu, Jean-Luc Mélenchon veut instaurer la progressivité de la CSG.

■ 25% : le taux d’impôt sur les sociétés

Jean-Luc Mélenchon compte également abaisser le taux de l’impôt sur les sociétés de 33% aujourd’hui à 25%.

La totalité de sa réforme fiscale rapporterait 190 milliards d’euros à l’Etat sur le quinquennat.

■ 6% de chômage

Toute cette relance a un objectif : faire baisser le chômage. Avec son plan, le candidat de la France insoumise table sur 2% croissance dès 2018 et 3 millions d’emplois créés. Résultat, le taux de chômage tomberait à 6%.

Ainsi, les dépenses censées dynamiser l’activité creuseraient le déficit public à 4,8% en 2018. Puis il se résorberait à mesure que le chômage baisse et que les retours sur investissements s’accumulent, pour représenter 2,5% du PIB à la fin du quinquennat. Quant à la dette, elle passerait à 87% du PIB en 2022.

La tribune, titre original « Mélenchon : son programme de relance économique en cinq chiffres », Source


Selon un article-analyse de Durand Antonin,

Cette orientation, à rebours des programmes d’austérité, est ouvertement keynésienne et s’appuie sur l’effet multiplicateur de la dépense publique.

Des théories qui ne font pas l’unanimité. D’où vient la théorie keynésienne ?

En 1936, alors que l’économie mondiale est durement touchée par les conséquences de la crise de 1929, l’économiste britannique John Maynard Keynes publie une Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, qui prône une approche nouvelle du rôle de l’Etat dans l’économie en période de récession. Jusqu’alors, l’idée dominante était que l’économie fonctionnait grâce à un équilibre entre l’offre et la demande et que l’Etat devait se contenter de favoriser les conditions de la concurrence. Quant aux dépenses publiques, elles ne devaient pas excéder les ressources (impôts, taxes) afin de maintenir l’équilibre budgétaire.

Au contraire, le keynésianisme, après avoir constaté les dysfonctionnements de l’économie réelle (inadéquation entre offre et demande, décalage temporel entre l’ajustement de la production, des prix et de l’emploi), exhorte les Etats à avoir un rôle actif et « contracyclique », prenant le contre-pied des autres acteurs économiques.

En période de crise, il s’agit de relancer l’économie par des plans d’investissement massif financés par de l’endettement, et des baisses d’impôts pour stimuler la consommation. Lorsque l’économie repart, l’Etat doit alors augmenter la fiscalité pour maîtriser l’inflation. Les politiques de relance par des investissements publics et de grands travaux d’infrastructure ont fonctionné dans les années 1930 aux Etats-Unis (New Deal du président Franklin Delano Roosevelt) et dans l’immédiate après-guerre, en créant de l’emploi et en relançant la consommation. Elles s’appuyaient sur l’effet multiplicateur de la dépense publique.

Qu’est-ce que l’effet multiplicateur ?

Cette notion implique qu’une dépense économique a des impacts qui s’accroissent par effet d’enchaînement. Si le gouvernement passe une commande de 100 euros à une entreprise, celle-ci va dépenser la majeure partie de cette somme pour acheter des fournitures et payer des salariés. Ceux-ci, à leur tour, vont utiliser la majorité de leur salaire pour consommer des produits, créant de la richesse pour d’autres entreprises, qui vont à leur tour employer des salariés, qui dépenseront leurs revenus… au total, l’ensemble des richesses créées dépasse très largement les 100 euros injectés au départ. L’efficacité du système dépend du comportement des ménages et des entreprises vis-à-vis de nouveaux revenus : soit ils épargnent, un mécanisme qui bloque la circulation de l’argent, soit ils dépensent et investissent.

Le multiplicateur (k) est d’ailleurs calculé en fonction de la propension à consommer (c), un chiffre compris entre 0, pour une épargne totale et 1, si la consommation est intégrale, selon la formule k = 1/(1-c). On peut alors calculer le revenu (Y) tiré d’un investissement (I) de la manière suivante : Y = I1/(1-c) Selon ce modèle de base, si le taux d’épargne est de 20 % (soit une propension à consommer de 0,8), on obtient, pour 100 euros injectés, un total de 1001/(1-0,8)=500 euros de richesse créée. Plus modestement, Jacques Généreux, un des économistes qui ont travaillé sur le plan de relance de M. Mélenchon, explique qu’« un euro d’argent public investi génère deux à trois euros d’activité et de recettes publiques ». Mais d’autres économistes contestent ce calcul, qu’ils considèrent optimiste et incomplet.

Pourquoi le multiplicateur keynésien est-il contesté ?

Le calcul du coefficient multiplicateur, fondé sur le taux d’épargne ou d’investissement, était adapté à la situation de crise dans l’économie du Royaume-Uni des années 1930. Mais il a ensuite dû être affiné pour intégrer d’autres paramètres importants : l’état de l’économie : la politique keynésienne, efficace lors des crises, ne fonctionne pas aussi efficacement en période de plein-emploi ; la nature de la relance : les effets des baisses d’impôt sont moins importants que la hausse des dépenses publiques ; l’effet d’éviction : l’Etat ne doit pas prendre la place des entreprises privées et réaliser les investissements qu’elles auraient pu faire spontanément ; le degré de confiance des agents économiques : les entreprises et les particuliers, méfiants, risquent d’anticiper un arrêt ou un échec de la politique menée en réduisant leurs investissements, en exportant leur capital ou en épargnant excessivement ; l’ouverture de l’économie : dans un système mondialisé, la relance de la consommation risque de se traduire par une hausse des importations (alimentant la croissance dans un autre pays) plutôt que de la production locale.

Deux économistes de l’université californienne de Berkeley, Alan Auerbach et Yuriy Gorodnichenko, ont réalisé, en 2012, une étude sur l’effet multiplicateur des politiques fiscales en fonction de plusieurs paramètres (croissance ou récession, augmentation des dépenses de défense, de consommation ou d’investissement, etc.). Selon les situations, le coefficient d’efficacité de la dépense publique variait de – 0,43 à + 3,42.

Inversement, le Fonds monétaire international (FMI) a publié, en 2014, une étude montrant que les politiques d’austérité instaurées après la crise de 2009 avaient aussi un effet multiplicateur négatif, compris entre 0,9 et 1,7 : les économies réalisées par l’Etat ont alors entraîné une baisse du produit intérieur brut (PIB) au moins égale, voire supérieure à l’argent public dépensé.

Dans une analyse publiée en janvier 2017, la banque Natixis le reconnaissait avec prudence : « Honnêtement, on ne connaît pas le niveau du multiplicateur budgétaire. ».


Le Monde.fr, Titre original « Keynésianisme, effet multiplicateur : sur quoi s’appuie le programme économique de Mélenchon ? » Source