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Les « bonnes résolutions » de la COP 21 en France puis la COP 22 au Maroc ont mobilisé les médias du monde entier en faisant quasi abstraction des conséquences du changement climatique sur la santé de l’homme.

La terre survivra, elle l’a toujours fait, pour l’humanité il est fort probable que ce soit moins évident. On a doucement commencé à parler de santé environnementale, puis on s’est rendu compte que l’on ne pouvait plus nier l’impact de notre mépris pour l’écologie sur notre santé. Une thématique qui entache certaines réussites de 2016, où l’Europe a enfin été déclarée exempte de paludisme.

Combien d’années/mois tiendrons-nous lorsqu’on sait que le changement climatique fait migrer vers les zones tempérées les territoires endémiques des vecteurs tels que le moustique anophèle porteur du paludisme ?

L’impact du changement climatique ne cesse de prendre de plus en plus de place dans notre santé. Un rapport de l’OMS au printemps 2016 rapporte un taux alarmant de 23% de la mortalité mondiale liée à l’environnement, ce qui représente 12,6 millions de décès par an lié à la pollution, la chaleur, les maladies infectieuses…

70% des gaz à effet de serre (GES) sont générés par les villes, à l’heure où, pour la première fois, les villes abritent plus de la moitié de la population mondiale. Il est urgent de reconsidérer le lien entre santé-agglomération-climat. Les pays en voie de développement portent la grande majorité de cette tendance à l’urbanisation. Les individus sont attirés par un travail, un logement ou simplement poussés par un conflit, une sécheresse ou des inondations répétées.

Les villes grandissent de façon anarchique où l’informel devient la norme. Des quartiers trop vastes et à la croissance trop rapide pour bénéficier d’un aménagement adéquat du territoire. L’absence d’eau courante, de chauffage et de gestion des déchets en fait un véritable incubateur d’où émergent et se propagent maladies diarrhéiques, pneumonies et asthmes telle une traînée de poudre.

Lorsqu’en Occident on se questionne sur la place du médecin généraliste, la question dans certains pays en développement devient rapidement : « Pourquoi soigner le paludisme de mon enfant si vous ne prenez pas en charge la malnutrition dont il se meurt ? Pourquoi me proposer un dépistage du VIH, si vous ne me permettez pas d’avoir le traitement ? »

Il est urgent de repenser notre conception de la médecine : un patient et non une succession d’organe isolé, une approche intégrée de la santé et non un robinet d’eau par ci, un peu d’antipaludéen par là… L’hygiène et l’accès à l’eau sont les bases fondamentales de la santé.

L’arrivée de l’autotest du VIH qui permettra peut-être aux 40% de porteurs du VIH, qui en 2016, ne connaissent toujours pas leurs statuts d’arrêter la dissémination du virus… et des fausses croyances. Il serait aisé de croire que les fausses rumeurs sont l’apanage du VIH, mais cela serait trop simple. Peu importe le lieu et le milieu social, elles sont un réel frein à la santé publique et aux bonnes pratiques.

Alors que nous ne sommes pas si éloigné de la période des vœux prononcés en début d’année il est encore temps de donner quelques informations pour partir sur de bonnes bases et remettre d’aplomb quelques idées reçues.

  • Le VIH n’est pas une punition divine contre les homosexuels, plus de 50% des nouvelles contaminations du VIH en 2016 l’ont été via un rapport hétérosexuel.
  • Votre enfant qui tousse depuis 48h, dont le nez coule clair n’a pas forcément besoin d’ATB, mais d’un lavage de nez 3 fois par jour et éventuellement d’une dose/kilo de doliprane.
  • On n’est pas immunisé contre le virus Ebola en mettant du sel dans son bain
  • On ne prend pas double dose de sa pilule contraceptive lorsqu’on a oublié celle de la veille, mais plutôt la pilule du lendemain éventuellement.
  • L’ablation de la luette ne soigne pas le neuropaludisme.
  • La dépression n’est pas une faiblesse, mais une pathologie.
  • L’application d’une tranche de pomme de terre ne soigne pas une brulure, essayez plutôt 20 min sous l’eau courante à température ambiante.
  • Il n’est pas « normal » de se faire taper par son/sa conjoint(e)
  • Il n’est pas nécessaire de garder son enfant à l’abri du soleil les deux premières années de sa vie, il risque plus un rachitisme que le « mauvais œil »
  • Pas besoin d’avoir plus de 65 ans pour passer une semaine alitée pour cause de grippe… oui le vaccin est pour tout le monde.
  • Non, une femme qui se fait violer régulièrement n’a pas besoin d’un implant contraceptif, mais d’être mise en sécurité
  • Non, les moustiquaires ne sont pas des filets de pêche ou des fleurs de douche Oui il est nécessaire de se laver les mains entre chaque patient… oui même (Surtout) lorsqu’on est médecin/infirmier/sage-femme.
  • Oui même pour un programme d’urgence de 3 mois il est important que les médicaments que l’on délivre dans le cadre d’un programme humanitaire soient de bonne qualité. Cela s’appelle l’éthique, voire le bon sens.
  • Et Non, le grand « H » entouré d’un cercle sur le toit des hôpitaux n’est pas une cible !

Pour nous accompagner dans ce vaste programme, une multitude d’acteurs. Les gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG), les sociétés civiles et professionnels de la santé qui pour dire vrai, ont du mal à se coordonner.


Dr Anne Senequier chercheuse associée à l’iris janvier 2017 – Source – Lecture libre  (Extrait)