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En février 1848, l’insurrection ouvrière provoque un séisme qui ancre l’idée concrète de révolution.

« La révolution de 1789 a été purement politique, celle de 1848 est bien plus grande et bien plus hardie ; car elle est à la fois politique et sociale […] Changer la forme du gouvernement, abattre la fiction constitutionnelle pour y substituer la vérité démocratique, c’est toucher seulement au sommet de l’édifice. Mais la réforme sociale s’attaque au fondement même sur lequel tout repose… » (Manifeste de C. Paillard, jeune normalien).

En trois jours, les 22, 23 et 24 février; le roi Louis-Philippe, monté sur le trône à l’issue des barricades de 1830, est contraint d’abdiquer La révolution se poursuit sur le thème de la réforme sociale (la réforme, en ce temps-là, s’apparente à l’utopie, compte tenu des bouleversements qu’elle réclame). Les témoins sont formels, le peuple agit « comme s’il avait non seulement le droit, mais la loi pour lui ».

Les vainqueurs de février souhaitent d’abord mettre un terme à la misère, diminuer le temps de travail, abolir le marchandage sur le salaire journalier et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Hommes et femmes, dans la rue, bannières en tête, manifestent sans discontinuer pour obtenir une transformation réelle de la condition ouvrière. En ce mois de février; personne ne conteste la prépondérance ouvrière, et la République, certes provisoire, est la leur. Elle se nomme désormais démocratique et sociale.

Extrait….

Michèle Riot-Sarcey, Professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris 8-Saint‑Denis. Elle a publié « Le Procès de la liberté. Une histoire souterraine du XIXe siècle en France », La Découverte, 2016.