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La question de savoir si la candidature d’Emmanuel Macron relève ou pas d’une bulle médiatique a beaucoup intéressé, et intéresse encore, tous ceux que cette campagne présidentielle hors-normes interpelle ou passionne.

Cette question n’a pas été clairement tranchée (…). Or il existe un indicateur fiable et objectif pour identifier les bulles médiatiques.

  • D’un côté, l’on mesure les « parts de voix » du candidat dans les médias mainstream, c’est-à-dire le taux d’articles qui citent son nom dans le titre.
  • De l’autre, l’on mesure ses parts de voix sur les grands réseaux sociaux, c’est-à-dire le taux de contenus émis par les gens au sujet du candidat.
    • Si le taux dans les médias est significativement supérieur au taux sur les réseaux sociaux, cela signifie que les médias s’intéressent beaucoup à un candidat alors que sa campagne prend beaucoup moins dans la population : c’est donc une bulle médiatique.
    • A l’aide de données analysées via Talkwalker par Véronique Reille Soult, directrice générale de Dentsu Consulting, il apparaît alors qu’en 2016, le phénomène Macron était indiscutablement une énorme bulle médiatique.
  • Du 1er avril au 31 septembre 2016, il avait en effet 43% de parts de voix dans les médias contre 17% sur les réseaux sociaux. Puisque l’écart dépasse même le passage du simple au double, et puisque le taux dans les médias est proche de la majorité absolue, l’on peut raisonnablement qualifier cette situation de matraquage médiatique pour « vendre » la marque Macron à l’électorat.
  • En revanche, depuis la fin de 2016 et le début de 2017, le même phénomène Macron ne relève plus d’une bulle. Du 1er décembre 2016 au 31 janvier 2017, il est à 20% de parts de voix dans les médias contre 19% sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire quasiment le même taux. L’intérêt de l’électorat reste en réalité stable : 19% contre 17 précédemment. S’il n’y a plus bulle, c’est simplement parce que le matraquage médiatique s’est dégonflé : 20% contre 43 précédemment.
  • Cela étant, le mois de janvier a été phagocyté par la primaire du Parti socialiste, ce qui a diminué l’attention des médias envers tous les candidats hors-PS : il faudra donc examiner les résultats de février pour voir si le matraquage pour surexposer Emmanuel Macron a repris sitôt ladite primaire achevée.
  • Cependant l’apparition d’un taux de 17-19% sur les réseaux sociaux, stable, semble indiquer ceci : le matraquage médiatique de la marque Macron en 2016 a réussi à lui donner ce socle dans le public. Cela s’explique par une loi psychosociale bien connue des publicitaires professionnels : « l’effet de simple exposition ».

Question déontologique pour conclure : jusqu’où les médias mainstream peuvent-ils aller dans le matraquage pour surexposer un candidat et le faire ainsi bénéficier de la dynamique artificiellement fabriquée (…) ?


Thomas Guénolé, Marianne2 – Titre original « Oui, le phénomène Macron était bien une (énorme) bulle médiatique » – Source/Synthèse/extrait –