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 Kellyanne Conway? C’est La papesse des « alternative facts, la fameuse expression de son invention. Des mensonges faits Maison Blanche, qu’elle pond au kilomètre.

Dans sa dernière apparition télé, pour justifier le décret antimusulman, la conseillère du Président a rappelé à la mémoire des Américains cet attentat terroriste commis dans le Kentucky, « le massacre de Bowling Green ». Seul détail, l’odieuse attaque n’a existé que dans sa tête.

(…) Kellyanne Conway (…) roublarde des plateaux télé, qui a fêté son cinquantième anniversaire le jour de l’investiture, est devenue une porte-parole officielle du mensonge d’Etat. (…) Elle transforme Trump en humble serviteur du peuple, qui a gagné les élections « par un raz-de-marée ». David Blaine s’enfermait quarante-quatre jours dans une cage en Plexiglas? Conway tient sans broncher quarante minutes face à Rachel Maddow de MSNBC.

Les intervieweurs ont beau lui brandir la réalité sous le nez, Conway réplique avec courtoisie, déminant les interrogations sur le racisme de l’administration ou le sexisme de son patron. Son débit est très particulier : une cadence souriante et impassible de répondeur Pôle emploi. C’est frustrant pour la personne en face, qui s’énerve face à un mur tout rose et tout blond. Malgré quelques boulettes trop dures à avaler, ses approximations sont en général parfaitement dosées, avec ce qu’il faut de saupoudrage statistique. (…)

Diplômée en droit et sciences politiques, Conway est une « talking head » de ce type particulier, blonde et d’extrême droite, qui a bourgeonné sur les écrans à partir des années 1990. Conway (…) …en parallèle de ses apparitions télé (1.200 au cours de sa carrière, s’étonne Cosmopolitan), Conway crée son institut de sondage en 1995,

The Polling Company/Woman Trend, et développe une niche : le vote des femmes.

Le job de Conway, armée de son éloquence et de ses enquêtes d’opinion, est d’adoucir l’image de brutes des Républicains auprès des « soccer moms », les mamans de banlieue, et de répondre à leurs aspirations. (…)

[Avec Donald Trump], la rencontre a lieu en 2006, juste avant que celui-ci relance sa carrière avec le show The Apprentice. Coup de foudre professionnel, pour Trump en tout cas. Les Conway achètent un appartement à Manhattan dans la Trump World Tower et Trump lui commande un sondage quand il songe à devenir gouverneur de New York (il laissera tomber). Mais quand, en 2015, Trump l’informe de son intention de se lancer en politique après des années d’atermoiements, Conway refuse de monter dans le train. Elle pensait que Trump se foutrait de ses enquêtes d’opinion, n’écouterait que lui-même, et elle s’inquiétait d’écorner son image. (..)

La communicante s’est adaptée depuis. Avec son sens de la stratégie, Conway établit sa position au palais, sans forcer la main de Trump, qui déteste qu’on le commande. Elle le servira comme « une conseillère discrète, qui aidera le Président à toujours mieux communiquer avec l’Amérique ».


Maxime Robin – Les Inrocks – Source/Synthèse/extrait –