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FOG, Patrick Buisson, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Eric Brunet, Ruth Elkrief… Le PAF est loin d’être rouge sang.

Pour faire suite à la pétition réclamant le pluralisme dans le service public de l’audiovisuel, qui au demeurant n’a pas réuni un grand nombre de signatures (6.000) dont l’objet était : « Mettre fin à la mainmise de l’idéologie gauchisante sur l’appareil d’audiovisuel d’Etat. Pour le rétablissement du pluralisme de l’information. »
Ce n’est pas le nombre de signataires qui importent, mais ses conséquences quasi immédiates sur les programmes.
En effet, dès jeudi soir, les téléspectateurs de l’Emission politique ont pu voir arriver Patrick Buisson, invité pour interviewer Marine Le Pen. Même la présidente du FN a esquissé une moue de surprise en voyant entrer sur le plateau l’ancien puppet master de Nicolas Sarkozy.

• D’un point de vue politique, il pouvait être intéressant de mettre face à face celui qui a soufflé les mots et les thèmes de l’extrême droite à l’oreille de la droite républicaine et celle qui incarne une extrême droite version dédiabolisée.
• D’un point de vue télévisuel aussi, puisque cette confrontation inattendue avait surtout pour but de faire du buzz.
• Mais sur le fond, il y avait quelque chose de gênant à donner tant de place à celui qui a passé son temps à manipuler – avec succès – l’opinion pour installer dans le débat des thèmes dont il n’avait pas besoin et que l’on subit encore aujourd’hui.
• Une forme de consécration et d’aboutissement pour lui et son travail de sape.

Si l’on essaie de décoller un peu le nez de l’écran, on ne voit pas bien en quoi le pluralisme dans les médias publics serait mis en danger par un gauchisme omniprésent et omnipotent. On serait plutôt tenté de déplorer l’affichage décomplexé de cette droite. Le cas Zemmour, invité partout pour dire qu’il ne peut parler nulle part est illustrant.

• Prenons la même Emission politique : lors du passage d’Alain Juppé, c’est le maire de Béziers, Robert Ménard, qui était venu lui apporter la contradiction.
• Plus généralement, les représentants du FN sont régulièrement conviés par les journaux télé et radio et ils en étaient plutôt à refuser des invitations pour organiser eux-mêmes une raréfaction de leur temps de parole et aller ensuite exiger un rattrapage et squatter les écrans et les ondes.
• Les exemples d’ouverture sont nombreux. Frédéric Taddeï, avec l’intelligence qu’on lui connaît, incarne toujours le monde des idées les plus variées (barrées ?) sur France2.
• Alain Finkielkraut continue de sévir sur France Culture.
• Grand manitou de l’économie à la télé devenu un des patrons de la rédaction de France2, François Lenglet n’est pas le plus keynésien des économistes.
• Il trouve son alter ego radiophonique en la personne de Dominique Seux, qui délivre tous les matins sur France Inter la bonne parole libérale…
• Franz-Olivier Giesbert, dont on sait qu’il œuvre au sein de la désormais célèbre Revue des deux mondes à la diffusion de la pensée filloniste, est l’invité incontournable des soirées électorales sur France2 …

Le pluralisme existe sur le service public, mais pour l’ensemble du paysage audiovisuel [fort heureusement, sinon nous serions dans une dictature médiatique].

Il n’aura échappé à personne la manière dont certains éditorialistes se sont approprié l’argumentaire de défense de François Fillon pour véhiculer ce qui est devenu SA bonne parole : « les journalistes en font trop », « c’est un acharnement médiatique »…

Il faudrait plutôt parler du manque de fracture entre éditorialisme politique et journalisme politique, qui ne sont pas du tout le même métier.


D’après un article de David Carzon, Libération – Source-Synthèse (extrait)