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Entre intérêts réciproques et peaux de banane. Entre une entente de circonstance et une mésalliance « bourgeonnante » à chaque virgule. Il n’y a rien de satisfaisant. MC

  • Les votes successifs des cadres puis des militants communistes n’ont pas montré un grand enthousiasme dans le soutien à Jean-Luc Mélenchon. Comment vos troupes ont-elles réagi en interne à l’élection de Benoît Hamon ?

Pierre Laurent : Pourquoi les communistes étaient-ils partagés sur le soutien à Jean-Luc Mélenchon ? Parce qu’ils aspirent à être respectés. Or ils ont eu le sentiment que la manière dont Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature ne les a pas respectés. Depuis le 29 janvier, ce qui est vécu comme une bonne nouvelle par les communistes, c’est que le champ du dialogue, de la coopération et des convergences, retrouve de l’espace à gauche. La perspective de construire des majorités redevient possible. Cela ne signifie pas pour autant que les communistes vont rallier une formation politique, le Parti socialiste, dont ils n’ont pas oublié le comportement dans le quinquennat et avec lequel ils continuent d’avoir des débats.

  • Donc vous soutiendrez Jean-Luc Mélenchon jusqu’au bout, même en cas d’échec du rassemblement…

Jean-Luc Mélenchon est notre candidat à la présidentielle. Moi, je ne fais pas de la politique-fiction sur les semaines à venir. Tout ce que je remarque, c’est que nous avons eu raison, parfois contre vents et marées, de croire que la situation pourrait se déverrouiller, là où on nous expliquait que la victoire de Manuel Valls était acquise.

  • Où en êtes-vous de vos négociations sur les législatives avec la France insoumise ? Pose-t-elle toujours comme condition au rassemblement la signature de sa charte ?

L’effort politique qui vise, au fond, à construire une nouvelle majorité politique, ne pourra pas se faire sans les législatives. Nous considérons donc qu’elles sont d’égale importance avec l’élection présidentielle. D’autant qu’il faut en finir avec ce régime démocratique miné par la présidentialisation de la politique.

Quand nous désignons des candidats dans les circonscriptions, nous essayons de faire en sorte que ces candidatures soient portées par un large rassemblement. Ces discussions ont buté jusque-là sur le fait que la France insoumise exigeait de nous la signature d’une charte élaborée par elle seule et conduisant à nous fondre dans un unique mouvement politique, ce dont nous ne voulons pas. Le maintien de ce préalable, qui n’est pas accepté par des communistes ni par les autres composantes qui soutiennent Mélenchon, n’est pas raisonnable…

  • Aujourd’hui, ce préalable est-il maintenu par la France Insoumise ?

Oui, mais, ce qui est nouveau, c’est que la discussion a repris et que notre argument de bon sens, qui consiste à dire que présenter des candidats France insoumise contre des candidats communistes aura pour seule conséquence une division des forces, et donc une défaite des deux parties, commence peu à peu à être entendu.

  • Pourrait-il y avoir un accord national ?

Je ne sais pas. Mais je pense que ce problème pourra se résoudre par la discussion dans un très grand nombre de circonscriptions.

  • De même, quel type d’accord pourrait-il y avoir avec Benoît Hamon aux législatives, sachant que le premier cercle des hamonistes comme Alexis Bachelay ou Mathieu Hanotin sont les adversaires des communistes dans les bastions « rouges » de Gennevilliers et de *Saint-Denis *?

Cela fait partie des ambiguïtés qui doivent être levées. Beaucoup de candidats investis par le PS ne partagent pas les orientations de Benoît Hamon, c’est donc un premier problème. Par ailleurs, je crois que des villes comme Saint-Denis, Gennevilliers, Colombes, Bagneux ou Malakoff ont souffert durant le quinquennat de l’absence de députés communistes. Il s’agira donc de convaincre les électeurs ! La construction d’une politique de gauche, d’un contrat de majorité, passera par l’existence de groupes communiste et écologiste. Quel que soit le candidat de gauche qui l’emporterait à la présidentielle, il faudrait que la majorité soit diverse.

Un des problèmes que nous avons vécus durant le quinquennat, c’est que François Hollande a cherché à imposer une politique à l’ensemble de la majorité, sans compromis, sans ouverture, sans même une discussion avec sa majorité. D’où le 49.3 de la loi travail et le piteux épisode sur la déchéance de nationalité. C’est pourquoi ce contrat de majorité au Parlement doit être discuté dès aujourd’hui. Il faut revenir à un régime démocratique où les parlementaires rendent compte devant le peuple, et non devant le président de la République – ce qui est une perversion démocratique profonde.

  • À ce propos, que pensez-vous de l’idée de constituante portée par Jean-Luc -Mélenchon ?

Il faut que nous construisions une nouvelle république, avec la collaboration des citoyens. Dès lors, la constituante peut être un très bon outil pour faire émerger cette constitution. Pour moi, ce processus doit s’étaler sur le quinquennat. On doit lui donner le temps démocratique et citoyen nécessaire – cela ne doit pas empêcher d’engager rapidement des transformations démocratiques importantes. Les citoyens qui seront tirés au sort doivent pouvoir bénéficier du temps long pour mener un vrai débat public. La constituante, je l’imagine en fait comme un chantier du quinquennat.

Je suis le premier convaincu que nous sommes handicapés par la présidentielle, qui dévalorise le débat politique de projets. Il faut donc le subvertir. Et même, à terme, supprimer l’idée de l’élection d’un homme à la présidentielle. Je crois à la conduite collective des affaires du pays. L’élection de Donald Trump nous montre bien ce qu’il en coûte d’être dans un processus de concentration présidentielle des pouvoirs.


Pauline Graulle, Christophe Kantcheff, Denis Sieffert – Petit extrait d’un entretien – Titre original « Une fenêtre s’ouvre, il ne faut pas la fermer » – Politis – Source