Étiquettes

,

(…) La présidente du FN, Marine Le Pen, mise désormais sur un « État-stratège » sur fond de « priorité nationale ». (…)

Le week-end dernier à Lyon, Marine Le Pen a justifié une fois de plus cette nouvelle ligne politique lors de la présentation de son programme présidentiel. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, si elle est élue, l’État, même « stratège », sera très actif.

Voir le programme détaillé dans l’article paru hier CLIC

L’Europe, la grande perdante

Bref, les trous dans le budget de l’État pourraient être nombreux si le Front national l’emportait. A Bercy et à la Cour des comptes, on tremble déjà… De là à ce que les détracteurs de Marine Le Pen la qualifie de « laxiste » en matière budgétaire, il n’y a qu’un pas… Mais à l’extrême droite, le laxisme ne fait pas partie du vocabulaire. Et malgré toutes ses annonces, Marine Le Pen assure qu’elle va « remettre de l’ordre dans nos finances publiques ».

Comment va-t-elle faire ?

En agissant sur ce qu’elle appelle « les mauvaises dépenses publiques (notamment celles liées à l’immigration et à l’Union européenne) » et sur « la lutte contre la fraude sociale et fiscale ».

Ainsi, comme l’expliquent plusieurs économistes dans un ouvrage* consacré au programme du FN, « l’Europe est évidemment la grande perdante, mais des catégories de populations se verront écartées de la protection sociale pour des motifs discriminatoires. »

Se financer grâce à l’indépendance de la Banque de France

Dans son programme, le FN ne dit quasiment rien de plus sur ses futures coupes budgétaires. Il préfère d’ores et déjà anticiper de combler les trous budgétaires par l’autorisation « du financement direct du Trésor par la Banque de France.»  En effet, Marine Le Pen assure que la France retrouvera sa souveraineté économique et monétaire si elle est élu, en sortant, seulement partiellement, de la zone euro. L’indépendance monétaire de la Banque de France autoriserait selon le FN un financement public de la dette française. La création monétaire est ainsi présentée comme la solution miracle permettant le financement de diverses politiques.

Mais il est intéressant de se pencher sur l’effectivité de cette souveraineté monétaire promise par le FN. Car (…) une telle souveraineté dépend du nouveau système monétaire qui sera instauré. Sur Europe 1, Marine Le Pen a concrètement annoncé qu’elle instaurerait « une monnaie pour les Français », le franc, mais qu’il sera « aussi possible d’envisager pour les entreprises, ce qui a existé par le passé : l’ECU. » « C’est une monnaie commune qui touchera uniquement les Etats et les grandes entreprises. Cela n’a certes pas été une grande réussite, mais nous pouvons tout de même envisager, dans le cadre de cette négociation, une coopération monétaire avec les autres pays d’Europe », a-t-elle ajouté. (…)

Une fausse souveraineté monétaire

(…) Marine Le Pen souhaiterait en fait revenir au SME -avec l’ECU -, la souveraineté monétaire serait tout aussi compliquée à assumer : ce système oblige les États à disposer de réserves de change importantes pour pouvoir préserver les parités face aux marchés. (…)

Reste alors une seule solution pour garantir une réelle souveraineté monétaire et budgétaire : la sortie pure et simple de l’euro. Mais le FN ne veut pas affronter cette éventualité durant la campagne, car les conséquences économiques seraient immenses pour la France. Le FN n’a pas voulu rentrer dans ce débat. Mais qu’il n’argue pas alors qu’il rendra sa souveraineté monétaire à la France pour garantir son indépendance économique.


(*) Petit manuel économique anti-FN, préface de Thomas Piketty, par le collectif Ecolinks, aux éditions Le Cavalier Bleu, 10 euros.


Thépot Mathias, La Tribune –Titre original de l’article « Financement du déficit : mais où va Marine Le Pen ? » – Source Synthèse (Extrait)