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De nombreuses promesses, et un grand écart idéologique. Au terme du week-end de lancement de la campagne de Marine Le Pen, on en sait davantage sur le programme économique de la candidate du Front national (FN) à l’élection présidentielle.

Le thème du pouvoir d’achat constitue un élément central, mais le millésime 2017 contient également des appels du pied marqués aux petites entreprises. (…)

Mme Le Pen propose ainsi de « rendre 40 milliards d’euros aux Français », [d’où obligatoirement augmentation de la dette nationale … OUI ? oui, c’est la même formation qui exhortait nos différents gouvernants à réduire la dette nationale contractée auprès des baques et régulièrement et augmentée par des jeux d’écritures – MC]

  • en baissant de 10 % l’impôt sur le revenu pour les trois premières tranches,
  • en défiscalisant les heures supplémentaires
  • en revalorisant les minima sociaux.
  • Elle souhaite créer une « prime de pouvoir d’achat » sur les salaires et les retraites jusqu’à 1.500 euros net par mois (soit 1,3 fois le smic), qui s’élèverait en moyenne à 80 euros mensuels.

Pour les TPE-PME et les indépendants, la candidate déroule les allégements administratifs et fiscaux :

  • refonte du RSI,
  • transformation du CICE en allégement de charges,
  • création d’un taux intermédiaire d’imposition pour les PME,
  • exonération de charges pendant deux ans pour toute embauche d’un jeune de moins de 21 ans.
  • le compte pénibilité, il serait remplacé « par un nouveau dispositif reposant sur une évaluation personnalisée ».

Dans le même temps, Mme Le Pen fait du protectionnisme le fer de lance de sa politique commerciale. (…) Son programme vante :

  • « l’Etat-stratège », à travers un « plan de ré-industrialisation » national, tandis qu’un contrôle des investissements étrangers serait mis en place.
  • réserver la commande publique aux entreprises françaises « si l’écart de prix (avec leurs concurrentes étrangères) est raisonnable ».
  • Rassurer les retraités

Mais la surprise des propositions 2017 provient du sujet monétaire. [Il est] évacuée en une phrase : « Rétablissement d’une monnaie nationale, levier de notre compétitivité. » Le mot « euro » est chastement proscrit.  (…)

Il s’agit de rassurer les retraités, électorat dragué par le FN, dont le patrimoine serait laminé par un retour au franc, synonyme de dévaluation. Le FN promet que ce processus ne ferait pas grimper outre mesure l’inflation, mais les produits et services importés coûteraient plus cher, de même que les consommations intermédiaires (pièces détachées par exemple) que les entreprises achètent à l’étranger. Il est vraisemblable que les ménages comme les entreprises, inquiets à l’idée de voir la valeur de leurs économies s’effondrer, tenteraient par tous les moyens de placer leur argent à l’étranger. « Les plus aisés y parviendraient, comme toujours, et les pauvres seraient les grands perdants », pointe Grégory Claeys, chercheur au think tank Bruegel.

Quant au financement de ces mesures, il apparaît bien sommaire.

(…) Le document 2017 se résume à trois pages mises en ligne sur le site de la candidate. L’essentiel des recettes doit provenir

  • une taxe de 3 % sur les produits importés, censée rapporter quelque 15 milliards d’euros par an, « 3 % sur l’importation, c’est totalement indolore », assurait Mme Le Pen au Monde le 2 février. Vraiment ? « Favoriser la production française, par des droits de douane élevés, reviendrait à faire chuter les importations. Si une telle taxe est efficace, comment pourrait-elle générer les recettes fiscales espérées ? » s’interroge Rémi Bazillier, professeur d’économie à Paris-I (…)
  • une « taxe sur l’embauche de salariés étrangers » (2 milliards).

Le reste des recettes proviendrait :

  • des économies sur la gestion de la Sécurité sociale,
  • sur la fraude sociale et l’évasion fiscale,
  • sur l’Union européenne,
  • sur l’immigration,
  • sur la réforme institutionnelle
  • sur la délinquance,

« permettant de dégager près de 60 milliards d’euros en cinq ans », assure le FN.

En face, Mme Le Pen promet :

  • le retour de la retraite à 60 ans,
  • la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires,
  • la hausse du quotient familial, le maintien de toutes les dépenses de santé…
  • quasi doublement du budget de la défense.

Cela n’empêche pas le FN de prévoir un déficit public ramené à 1,3 % en 2022, sur fond de croissance du PIB de plus de 2 % dès 2018.

Pour Charles Wyplosz, professeur à l’Institut des hautes études internationales de Genève, « le programme du FN est un mélange de cadeaux à tout le monde (entreprises, jeunes, futurs retraités, handicapés, héritiers) et de protectionnisme incompatible avec les accords internationaux. Ces mesures ne sont tout simplement pas crédibles ».


Marie Charrel et Audrey Tonnelier – Le Monde – Source (Extrait)