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Portée par la victoire de Donald Trump, Marine Le Pen s’apprête à décliner son plan patriote pour redresser la France.

Il repose tout entier sur un oxymore mortifère : le protectionnisme intelligent.

  • La présidente du Front national propose ainsi de taxer les biens et services à l’importation. Et tous les nouveaux contrats d’employé étranger.
  • D’inscrire aussi dans la Constitution la préférence nationale.
  • de lutter contre les délocalisations – comme il se doit « sauvages ».

Gare aux idées aussi courtes que simples !

Si elle était appliquée, cette politique accablerait plus encore les victimes de la mondialisation qu’elle prétend pourtant protéger.

  • Parce qu’elle nie une règle économique universelle : l’échange est créateur de valeur.
  • Parce qu’elle se trompe de diagnostic : le déclin de l’emploi industriel s’explique moins par les usines délocalisées que par la saignée de la compétitivité du pays.
  • Parce qu’elle sous-estime les risques de représailles : comment ne pas voir que le repli isolationniste finira par une bataille entre America First, la France d’abord, Primero España, etc. ?
  • Enfin et surtout parce que protéger les producteurs nationaux revient au final pour l’État à leur accorder un privilège, au détriment certes des concurrents étrangers, mais aussi des consommateurs, touchés dans leur pouvoir d’achat et, à terme, dans leur emploi.

Las, les populistes se moquent de l’analyse économique. Marine Le Pen peut ainsi célébrer « l’acte de décès de l’ultralibéralisme intégral », rédigé selon elle par Donald Trump, sans même envisager que l’Europe – et la France au premier chef – puisse être une des victimes de la diplomatie du coup de force du président américain.

Les Etats-Unis ne préfigurent pas la solution, mais le désastre.


Rémi Godeau, L’Opinion – Titre original « Le protectionnisme intelligent du FN : un oxymore mortifère » – Source