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Même les organismes de sondages et voyantes sont atteint de cécité, c’est dire !

L’histoire bégaie et s’accélère jusqu’à dessiner les lignes de forces d’un monde nouveau et d’une nouvelle géopolitique. Peut-être aussi celui d’un nouveau triomphe de la peur, des divisions et de la haine. L’investiture de Donald Trump la semaine dernière est l’un des évènements fondateurs de ce basculement vers le monde qui vient. Il n’est pas un monde neuf mais un monde inquiétant, miné par de multiples crises qui le rendent imprédictible.

Les puissances d’argent utilisent la crise qu’elles ont provoquée pour favoriser un basculement politique en détournant les colères populaires. Il s’agit pour elles de réorganiser les pouvoirs au sommet mais aussi les forces politiques et médiatiques pour mieux continuer d’exploiter, de trahir, de diviser, d’humilier l’immense majorité de celles et de ceux qui n’ont rien ou si peu.

Les velléités d’émancipation comme les « printemps arabes », celui d’Athènes ou les mouvements des jeunes et des forces progressistes turcs ont été de diverses manières étouffées. Aux Etats-Unis, une opération de grande envergure a été organisée pour écarter Bernie Sanders. La même est à l’œuvre contre J. Corbyn alors que les familles britanniques ont été acculées au désespoir par une austérité sans fin.

Celles d’Italie, d’Allemagne et d’Espagne sont sommées d’accepter les « mini jobs ». Aux frontières de l’Europe, la Turquie bascule dans un régime dictatorial. Partout, au fur et à mesure que l’on répand l’austérité comme de la cendre au goût d’autant plus insupportable que la minorité qui détient les richesses s’enrichit sans cesse, progresse la dangereuse internationale du nationalisme et des haines.

Laisser croire que M. Trump est « sans idées », « irrationnel » ou « dérangé », semer l’illusion qu’il ne ferait pas ce qu’il a dit, revient à laisser les populations ici et aux Etats-Unis désarmées face à un projet cohérent et très dangereux. Ce n’est pas un tweet qui fait revenir les conglomérats à base nord-américaine au bercail mais bien une considérable diminution des impôts sur le capital qui va exacerber encore plus la guerre économique.

Le concept de « l’Amérique d’abord » dit la double rupture. Celle d’une affirmation plus nette de la priorité économique et militaire des Etats-Unis sur la base d’une vision très étroite de leurs intérêts nationaux. Pour la mettre en œuvre, les milliardaires américains ne se contentent plus d’avoir leurs intermédiaires au gouvernement, ils prennent directement les affaires en main, à la tête du pays. Elle signifie aussi la fin d’une stratégie faisant des Etats-Unis une sorte de phare universel ayant pour mission de propager les valeurs du capitalisme libéral.

La thèse de Trump vise à aiguiser des antagonismes avec d’autres nations ou blocs de nations. Les ennemis principaux désignés sont l’Islam et la Chine. Les dirigeants de cette dernière viennent de réagir à Davos en se faisant les chantres du « libre-échange », espérant ainsi voir leur pays occuper la place abandonnée par M. Trump. Et, l’Union européenne, est d’autant moins considérée qu’elle est divisée et en crise. Les latino-américains et les afro-américains sont également dans son viseur.

Ici aussi, les forces démagogiques et nationalistes se développent sur les échecs d’une construction européenne qui s’oppose aux aspirations populaires. De traités en traités, de Maastricht à Lisbonne en passant par l’Acte unique, la grande coalition des droites et des socialistes a imposé la servitude à l’ordolibéralisme. Bercée par la musique enjôleuse d’une prétendue « économie sociale de marché », elle n’a pu longtemps laisser croire qu’elle était autre chose qu’une camisole libérale et antidémocratique.

Ouvertement désormais, monte ici et avec M. Trump cette vieille thèse réactionnaire selon laquelle les riches doivent s’enrichir pour investir et porter dans le cadre national la dynamique économique.

Au-delà des logiques de guerres que sous-tend cette nouvelle forme de compétition entre les capitalismes nationaux, les travailleurs risquent d’en subir les sévères contreparties. Il y a urgence à contrecarrer ce mouvement, en commençant par repenser, de fond en comble, la construction européenne pour la sortir des politiques d’austérité, de désindustrialisation, de démolition des services publics, d’affaiblissement continu de notre agriculture.

Au-delà, c’est à des initiatives nouvelles visant à fédérer les forces progressistes et démocratiques à l’échelle du monde, qu’il faut travailler. A l’internationale du nationalisme, opposons celle du progressisme et de l’émancipation humaine ! Certes le chantier parait colossal. Mais les contradictions actuelles obligent à ouvrir des voies nouvelles dont la France pourrait emprunter le chemin. Ce devrait être l’un des débats fondamentaux des élections présidentielles et législatives pour sortir des sentiers battus afin d’initier un grand mouvement populaire et citoyen vers un nouvel âge du progrès social, démocratique et environnemental.


Patrick Le Hyaric, Député Européen – Source