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Derrière cette cordialité de façade, les deux candidats ont tout de même exprimé de profondes divergences, incarné deux visages de la gauche. Ils ont défendu des projets de société bâtis sur des postulats opposés, dont on a peine à voir comment ils pourraient converger après le deuxième tour de la primaire, dimanche 29 janvier, pour donner plus de poids à une candidature unique du camp socialiste.

Pas facile de connecter notre petit monde, dont Benoît Hamon était le roi d’un soir, avec une planète au bord du chaos, que de nouveaux géants, grossiers et brutaux, prétendent dominer au péril de la paix. Il (…) n’est pas près de changer l’ordre du monde. Et il ne sauvera même pas le Parti socialiste d’une mort probable – ce n’est d’ailleurs surtout pas ce qu’on lui demande ! Il ne sera pas non plus le président français qui figurera, l’été prochain, sur les photos du futur G20.

Mais (…) son succès exprime quelque chose qui est loin d’être anecdotique, et qui ne se mesure pas en nombre de voix : la volonté d’une partie de la gauche de se ressourcer après une trop longue période d’égarement idéologique.

J’entends bien que les tergiversations « solfériniennes » – pour parler le « Mélenchon » – sur la participation à ce scrutin sont affligeantes. Et quand je dis « tergiversations », je suis aimable. Mais on connaît ces gens-là. Ne feignons pas de les découvrir. Et au fond, quelle importance ? Un million cinq cent mille, un million six cent mille, c’est de toute façon très peu, et Hamon n’y est pour rien.

Cela n’efface pas son double mérite : celui, souhaitons-le, de bouter hors de notre paysage le dernier rescapé d’un duo exécutif calamiteux ; et celui de réenchanter un peu la gauche en pensant l’avenir écologique et social. Un mérite qu’il partage, dans un tout autre style, moins flamboyant, avec Jean-Luc Mélenchon. Infliger une ultime défaite à Manuel Valls ne serait déjà pas une mince affaire. Car c’est sa politique, menée avec François Hollande, qui a conduit la gauche dans l’abîme où elle se trouve.

C’est aussi leur politique qui a fabriqué la créature libérale Emmanuel Macron. Mais, pour l’heure, nous en sommes encore réduits aux conjectures. Si Benoît Hamon l’emporte dimanche prochain, que se passera-t-il ? On peut imaginer sans peine que le PS va cette fois imploser. On peut s’en réjouir béatement. Mais le petit plaisir sera de courte durée si ce coup de grâce n’est suivi d’aucun projet de rassemblement de la gauche.


Pour partie, édito de Politis signé Denis Sieffert, Source (Extrait)