Mots-clefs

, , , ,

(…) … il est temps de revenir sur le florilège des petites phrases de Nicolas Sarkozy, rapportées par son ancien conseiller Patrick Buisson, dans un livre, « La Cause du peuple ». (…)

Ces jugements n’auront choqué que les profanes qui ignorent ou préfèrent ignorer la brutalité des personnages. (…) Celle de Nicolas Sarkozy était un secret de polichinelle. On saura gré à cet égard à Patrick Buisson de l’avoir révélée avec tant de véracité (…) que nul n’a osé les contester comme cela se fait facilement d’habitude, dans cet univers où l’on ment en toute décontraction.

Chacun a eu son compte : Jacques Chirac, président en retraite et inoffensif — « Il aura été le plus détestable de tous les présidents de la Ve. Franchement, je n’ai jamais vu un type aussi corrompu (…) J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi méchant et avide » — François Fillon, premier ministre méprisé et ressuscité — « Pauvre type, minable… Tant qu’il y est, il n’a qu’à venir mercredi au Conseil des ministres en babouches et avec un tapis de prière ! », — François Baroin, ex-futur premier ministre — « Je l’ai acheté à la baisse. Trop cher, je te le concède, pour un second rôle », — Xavier Bertrand — « C’est un méchant. Dix ans à essayer de placer des assurances en Picardie, dix ans à taper aux portes et à se prendre des râteaux, ça a de quoi vous rendre méchant pour le restant de vos jours. C’est d’ailleurs pour ça que je l’avais choisi », — ou encore Christian Estrosi — « Cet abruti (…) qui a une noisette dans la tête ». Ces amabilités visent les camarades de parti, les membres de sa « famille » comme ils disent. Et encore, est-on rassuré par le sycophante (Patrick Buisson) qui aurait pu rapporter pire : « J’ai purgé mes verbatims des propos diffamatoires, triviaux, auxquels peut parvenir Nicolas Sarkozy. Par respect pour la fonction présidentielle, je n’ai pas restitué la totalité des choses, qui est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer » (Europe 1, 30 septembre 2016). (…)

On se demande comment ces derniers ont « encaissé ». Ils n’ont rien dit. Le pouvoir vaut bien qu’on avale quelques couleuvres, que l’on supporte le mépris. (…)

Aujourd’hui ailleurs

Le personnage du caïd a fait florès un peu partout (1). (…) Passe encore qu’une Russie (…) consacre un ancien membre des services de renseignements comme Vladimir Poutine, (…) [aux] déclarations viriles mettant en cause les féministes comme les Femen qui avaient osé s’exhiber devant lui — « Je n’avais pas eu le temps de prendre mon petit déjeuner. J’aurais préféré qu’elles me montrent du saucisson ou du lard au lieu de leurs attributs. Dieu merci, les homosexuels n’ont pas eu l’idée de faire pareil » (avril 2013) (…)

(…) … Donald Trump a émaillé la campagne électorale présidentielle américaine de tant d’énormités, de tant de vulgarités qu’il a réussi à fâcher une bonne partie de son propre camp et à persuader toute la presse que décidément, un homme aussi outrancier, mal appris et brutal, ne pouvait être élu [ce en quoi les observateurs et instituts de sondage se sont trompés]. Quoique récentes, il faut rappeler quelques-uns de ses propos, comme un exercice de salubrité publique face à l’amnésie :

  • Sur l’immigration : « Quand le Mexique nous envoie ces gens, ils n’envoient pas les meilleurs d’entre eux. Ils apportent des drogues. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs. »
  • À une journaliste pugnace : « On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit ».
  • Et à propos de son adversaire : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? »

Donald Trump a mis en lumière un trait moins éclatant de la société américaine, mais peut-être plus fondamental, tant il semble par moment tout conditionner : le culte de l’argent, celui qu’on a et qui permet d’afficher une assurance confinant à la morgue — si l’on est riche c’est parce qu’on fait partie des vainqueurs, et qu’on a forcément raison. Ce n’est pas tout à fait nouveau, mais Silvio Berlusconi tempérait ses rodomontades d’humour.

Rien de tel dans le compliment adressé à Donald Trump par Vladimir Poutine : « Le fait qu’il a réussi dans les affaires montre que c’est une personne intelligente ». (…)


Alain Garrigou – Le « blog du Monde Diplomatique » – Source (Extrait – Lecture libre sur le site)


  1. Lire Serge Halimi, « Des hommes à poigne, Le Monde diplomatique, février 2016.