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Un retour sur un épisode judiciaire.

A ma droite, la Cour de justice de la République (…). À ma gauche, Christine Lagarde, patronne du Fonds monétaire international (FMI), bras croisés, sourire boudeur, la morgue tranquille, le regard de celle qui se demande combien de temps va durer cette comédie alors qu’elle a tellement de choses à faire ailleurs.

L’ambiance des cinq jours de son procès a été plutôt bon enfant. (…) Les copains et les coquins remplissaient la salle.

Ce qui était jugé là, c’étaient un peu les suites de l’affaire Tapie-Adidas, une escroquerie en bande organisée, avec détournement de fonds et complicité.

Tapie avait obtenu par la grâce d’un arbitrage, truqué, en 2007-2008,403 millions d’euros dont 45 millions nets d’impôts au titre d’un supposé « préjudice moral », sentence annulée en 2015. Lagarde, alors ministre de l’Économie, aurait dû engager un recours en annulation. Elle ne l’a pas fait, elle a donc rendu inéluctable l’appropriation frauduleuse par les époux Tapie du magot, dit la Justice. « Un recours aurait sans doute permis de découvrir la fraude. »

Lagarde est donc coupable d’avoir permis un détournement colossal de fonds publics. Mais la voilà dispensée de peine. Alors que le code pénal prévoit jusqu’à un an de prison (article 432-16) et 15 000 euros d’amendes, éventuellement assortis de sursis.

Le tribunal a parlé de « négligence » ne justifiant aucune poursuite de la dame, eu égard à sa « réputation ».

Toute la faune des petits marquis gravitant dans ce monde lagardien l’a joué d’ailleurs désinvolte. Stéphane Richard, ex-directeur de cabinet et actuel président-directeur général d’Orange, ne s’est pas déplacé. Claude Guéant, ex-secrétaire général de l’Élysée (qui reçut dix-sept fois Tapie), ne se souvient de rien. François Pérol, ex-secrétaire général adjoint en charge des affaires économiques, a lui aussi un gros trou de mémoire : « Je ne me souviens pas qu’une instruction a été donnée à une réunion dont je ne me souviens pas. »

Christine Lagarde était si sûre de son fait qu’elle ne s’est même pas rendue au Palais de justice de Paris le jour où la Cour de justice de la République, après une délibération express, a rendu son verdict scandaleux : pas de peine, pas de sanction, même symbolique.

Il faut croire que les puissants, escrocs avérés ou non, se sentent bien sûrs d’eux pour afficher une telle morgue. C’est aussi un des enseignements de ce lamentable quinquennat hollandais. Le Président a réitéré sa pleine confiance dans la dame du FMI. Et la direction du FMI a confirmé son soutien à Lagarde (qui est pourtant censée, à son poste, donner des leçons de bonne gouvernance aux cent quarante-sept pays membres).

Assurés de leur impunité, les riches paradent. Cette histoire Lagarde illustre à la caricature la connivence des nantis. Et la déliquescence du débat public. Elle suscite l’indignation. (…)


Gérard Streiff – La revue du projet – N° 63-janvier 2017