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De nombreux jeunes cadres sont amenés à diriger des seniors, moins diplômés mais plus expérimentés. Quelles sont les clés d’une cohabitation réussie ?

Huit heures trente. Blouse blanche, chaussures de sécurité et charlotte sur la tête, Vincent, responsable d’une usine agroalimentaire en Vendée, arrive à la chaîne de production pour saluer tout son petit monde : Patrick, Denise et, bien sûr, Michel, le doyen de la bande.

Vincent a 33 ans, Michel, 55 ans, mais, entre eux, ça a toujours été l’entente cordiale. « Dans l’ensemble, les seniors me donnent moins de fil à retordre que les jeunes fraîchement émoulus de l’école, qui ont peu l’habitude d’être cadrés, accordent une place secondaire au travail et connaissent leurs droits mieux que leurs devoirs, confie à mi-voix le directeur. Les anciens, eux, nourrissent un profond attachement pour leur boutique et respectent la hiérarchie. Ils savent qu’un patron ne compte pas ses heures et ne gagne pas dix fois leur salaire. D’ailleurs, si on leur proposait la place, aucun d’entre eux n’en voudraient. »

De quoi contrarier le discours ambiant qui véhicule l’idée d’une guerre des âges. « Certes, pendant longtemps, l’entreprise a été un lieu d’apartheid générationnel, reconnaît le sociologue Serge Guérin, professeur à l’ESG Management School à Paris et auteur de La Nouvelle Société des seniors (Michalon, 2011). « Les jeunes avaient du mal à y entrer et les vieux du mal à y rester. Mais la société a évolué. Avec les stages de fin d’études et le maintien en activité des seniors, les générations sont de plus en plus amenées à se côtoyer, et force est de constater que ça se passe plutôt bien. » (…)

(…) Pour asseoir leur légitimité, certains jeunes manageurs sont tentés de la jouer « copain-copain » avec leurs aînés. D’autres, au contraire, se risquent à révolutionner toute l’organisation du travail pour leur montrer qu’ils sont meilleurs qu’eux.

C’est ce qu’a vécu Jean-Philippe, 53 ans, vendeur automobile à Toulouse. « J’exerce ce métier depuis trente ans, raconte-t-il. Je maîtrise donc parfaitement les techniques de questionnement, d’argumentation, de réponse aux objections et de conclusion. Pourtant, lorsque le nouveau responsable des ventes a pris ses fonctions, il m’a obligé à revoir toutes mes méthodes, sous prétexte de booster le chiffre d’affaires. Depuis, nos relations sont glaciales. »

Imposer un système hiérarchique pyramidal, rien de tel pour se tailler une réputation d’arriviste. Plutôt que d’appliquer des théories toutes faites, mieux vaut donc se laisser le temps d’observer, de comprendre le mode de fonctionnement de l’équipe et d’appréhender les différentes personnalités qui la composent : leurs parcours, leurs motivations, mais aussi leurs attentes par rapport à la hiérarchie. (…)


Elodie Chermann – Le Monde (Extrait)


Note : avant toutes velléités le senior détenant un emploi entend le conserver. La difficulté pour les seniors, serait de retrouver une autre place. Quant aux entrants souvent frais émoulus d’un lycée technique professionnel et possesseurs d’un diplôme, Ils pensent souvent, selon l’éducation distillée par des professeurs trop souvent déconnectés de la réalité, que la société les attend en leur offrant un mirifique salaire.

MC