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Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques, analyse la descente aux enfers du Parti socialiste, alors que le désastre annoncé de la primaire augure une probable recomposition de la gauche.

Le Parti socialiste va-t-il survivre à la prochaine élection présidentielle ? Alors qu’il détenait la totalité des pouvoirs en 2012 (le Sénat y compris), la question n’est pas incongrue : son existence même est désormais menacée. (…)

Un quinquennat autodestructeur

A de multiples reprises, des commentateurs souvent pressés ont annoncé l’explosion imminente du PS ou la décomposition inéluctable d’un “cadavre à la renverse” (on se souvient de l’expression de BHL en 2009). Mais le parti, plus que centenaire, s’est toujours relevé, démontrant une exceptionnelle résilience. (…)

S’il a toujours su rebondir, c’est surtout que le PS a profité jusque-là d’une rente de position dominante, liée à son hégémonie à gauche, qui en faisait le parti incontournable seul capable de capter le “vote utile”.

Un quinquennat qui s’est apparenté à une autodestruction systématique

Aujourd’hui, c’est son “utilité” même et son leadership à gauche qui sont remis en cause. Le pronostic vital est cette fois sérieusement engagé. Le PS sort dévasté d’un quinquennat qui s’est apparenté à une autodestruction systématique. (…)

La primaire que le PS a décidé de convoquer in extremis ne passionne guère et prend l’allure d’un pré-congrès de défaite. (…)

La question de la pertinence d’une candidature socialiste est dès lors cruellement posée. “A quoi bon un candidat du PS ?”, s’interroge avec jubilation le candidat de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon est sur le point de “pasokiser” le PS.

(…) On ne se risquera pas au moindre pronostic tant l’issue de la primaire est particulièrement incertaine. Les électeurs de gauche se mobiliseront-ils pour une consultation qui ne semble pas pouvoir enrayer la prophétie d’un désastre annoncé ? Les taux d’Audimat des débats ne sont pas mauvais. Il n’est donc pas exclu que les sympathisants soient au rendez-vous en nombre pour blâmer Manuel Valls, à l’inverse le conforter dans un réflexe légitimiste ou pour orienter la campagne à venir.

On voit mal néanmoins comment le candidat désigné pourra fédérer la gauche et même les diverses sensibilités de la famille socialiste, désormais “irréconciliables”. Si la gauche du parti l’emporte (ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire du PS), il est probable qu’une bonne partie des cadres socialistes rejoigne Emmanuel Macron. Un large espace s’ouvrirait alors à l’ancien ministre de l’Economie qui pourrait canaliser le vote utile à gauche (pour éviter un duel Fillon-Le Pen) et fédérer à droite les électeurs modérés que le candidat LR repousse.

L’ironie de l’histoire pourrait être que le PS échappe à la gauche du parti au moment où elle s’en empare. Si Manuel Valls s’impose, Jean-Luc Mélenchon pourrait rassembler très au-delà de la gauche radicale et marginaliser le candidat socialiste.

Écartelé, le PS est en passe de perdre sa centralité. C’est peut-être le prix à payer pour que le paysage politique à gauche soit recomposé.


Rémi LefebvreLes Inrocks – Source (Extrait)