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(…) Face à lui, un plateau inédit. Aude Lancelin, prix Renaudot essai pour Le Monde libre, dont la lecture a renforcé ses convictions contre “la violence du monde médiatique” et les Youtubeurs Ludo et Stéphane d’Osons causer qui lui ont donné envie de s’adonner à une vidéo hebdomadaire (“Revue de la semaine”).

Plus que jamais convaincu qu’il peut l’emporter lors de la prochaine présidentielle, Jean-Luc Mélenchon règle ses comptes avec ses anciens camarades du PS et détaille ses premiers mois de mandat s’il était élu.

  • Les Inrocks – Vous avez choisi de ne pas concourir à la primaire de la Belle Alliance populaire. (…)

Jean-Luc Mélenchon – Je récuse le principe même de cette primaire, et pas seulement ses conditions d’organisation. (…) On sait (…) quelle catégorie sociale (…) y vote : les CSP+. Ensuite, c’est une bataille à l’intérieur d’une organisation politique à laquelle je n’appartiens plus (…).

Manuel Valls, Arnaud Montebourg et même Benoît Hamon restent dans les mesures productivistes.

Aucun ne propose la sortie du nucléaire. Aucun ne sort de la logique verticale du pouvoir. Pour eux, pas d’Assemblée constituante, ni de planification écologique. Enfin, le futur de l’Europe et le pouvoir du capital sont des angles morts de leurs plans. (…)

  • Aude Lancelin – Quand on observe les quatre années écoulées, on ne peut qu’être frappé par la dérive droitière, autoritaire et sécuritaire du couple Hollande-Valls. Mais quand on connaît votre parcours, on ne peut douter du fait que vous saviez très exactement de quoi étaient capables ces deux-là. Dès lors, ne regrettez-vous pas d’avoir appelé à voter Hollande en 2012. (…)

(…) Nous voulions absolument battre Sarkozy. Il incarnait à nos yeux le pire, ce dont on ne voulait plus jamais : les cadeaux à la finance, le mépris pour les droits des travailleurs et aussi la criminalisation de l’action syndicale. A cette époque, personne n’imaginait que François Hollande ferait pire. Notre échec, c’est plutôt l’autodestruction du Front de gauche à l’étape suivante.

La force politique née en 2012 s’est diluée dans la tambouille des élections locales. Cela nous a profondément divisés et rendus illisibles. Le PS a bien joué pour envenimer la division. Nous n’avons plus été une alternative mais juste la vitrine d’une bataille confuse pour la propriété d’un sigle les jours d’élection. (…)

La France insoumise est un mouvement bien plus large que feu le cartel du Front de gauche. Alors, je n’ai pas de regret d’avoir fait battre M. Sarkozy, mais je suis bien amer de la trahison qui nous a été infligée. Comment pouvais-je imaginer une telle fausseté du personnage ? (…)

  • Aude Lancelin – Dans votre livre, Le Choix de l’insoumission, vous offrez une autre histoire des premières années du septennat Mitterrand et décrivez de façon très frappante de quelle façon “le mur de l’argent” s’est dressé contre le gouvernement socialiste. Vous élu, on peut imaginer le monde de la finance se dresser de la même façon, surtout quand on voit la radicalité de votre programme économique. Comment y ferez-vous face ?

Je suis persuadé que si la France tourne la page du vieux monde, elle entraînera de nombreux pays avec elle. Des millions d’êtres humains regarderont vers la révolution citoyenne en train de s’opérer dans notre pays ! Car nous sommes toujours l’une des principales puissances de la Terre et une référence. (…)

Aude Lancelin – Le gouvernement grec a bénéficié d’un large appui populaire avec le référendum de l’été 2015, qui a embarrassé ses propres instigateurs, mais l’appui international n’est jamais venu…

Je ne suis pas dans un élan mystique qui croirait à un surgissement populaire mondial pour régler nos problèmes. (…) … tout, ce que votre génération doit réapprendre, c’est le concept de rapport de force. Tout ne se règle pas au mérite et de manière rationnelle. (…)

Si vous croyez que le gouvernement allemand est seulement nourri de bonne volonté européenne et d’idéal de paix, vous ne comprenez pas leur notion du rapport de force. (…)

  • Ludo (Osons causer) – Votre programme s’ouvre sur la nécessité d’une Constituante, c’est-à-dire l’idée de faire écrire la nouvelle Constitution française par le peuple. Avez-vous une idée des modalités de cette écriture et du calendrier que vous prévoyez ?

Si je suis élu, je sais que cela suscitera des réactions fortes du monde de la finance et de ses médias. C’est comme ça partout dans le monde, tout le temps. Mais leur agressivité, leur violence anticonstitutionnelle et anti-populaire sera aussi un stimulant extraordinaire poussant les gens à l’action pour défendre leur vote.

Quoi qu’il en soit, les gens ne vivent pas de slogans et de mobilisations politiques. Leur vie quotidienne doit s’améliorer. Mettre fin à la peur, à la précarité, à la santé laissée pour compte, etc. Bref, la “sécurité sociale intégrale”, c’est un nouveau mode de vie. Quand les gens ont davantage de visibilité sur leur avenir, ils peuvent mieux s’engager et faire de la politique.

Changer les conditions d’existence des gens est donc la condition sociale de la réussite de notre stratégie de mobilisation populaire pour la Constituante. Le gouvernement et l’Assemblée élue en mai diront comment on forme cette nouvelle assemblée. Je souhaite qu’une partie soit tirée au sort et l’autre élue.

On commencera en septembre ou octobre 2017. Une fois finie la mise en place, peut commencer l’écriture collaborative de la nouvelle Constitution. Il faudra sans doute un an et demi pour finir. Le texte sera ensuite soumis au peuple par référendum.

  • Ludo (Osons causer) – Vous vous êtes engagé à démissionner une fois la nouvelle Constitution en vigueur, comment pourrez-vous gouverner alors que votre présidence sera par nature transitoire ?

En attendant la nouvelle Constitution et ma démission, ma présidence sera pleine et entière dans le cadre de la Ve République et de tous ses pouvoirs. Dès le lendemain de mon élection, je commencerai à appliquer notre programme. (…)

Après ? Je n’ai pas peur de nouvelles élections. La conflictualité démocratique est le carburant de la révolution citoyenne. En treize ans, on a voté quatorze fois au Venezuela, et à chaque fois les pleutres disaient à Chávez qu’il perdrait. Pourtant, chaque fois, des millions de gens des quartiers pauvres se pressaient vers les urnes en disant : “Ce que l’on a gagné, on ne le lâchera plus jamais.”(…)

  • Ludo (Osons causer) – Cela veut dire que durant l’année et demie que vous donnez à votre présidence, vous allez mener de front une réécriture populaire de la Constitution, une dénonciation des traités européens actuels, et, en prime, engager toutes les réformes présentes dans votre programme ?

En effet ! Où est le problème ? On fait naître un nouveau monde. Quand je parle de révolution citoyenne, ce n’est pas une réforme au rabais que je propose. (…)

  • Les Inrocks – Vous avez le sentiment de pouvoir contourner les médias traditionnels désormais avec YouTube ?

C’est mon but. Depuis quarante ans, j’ai toujours été mêlé aux nouveautés médiatiques. J’ai fait partie du mouvement de la presse libre dans les années 1970, j’ai créé des radios libres, un gratuit et même une télévision de quartier depuis un garage à vélos ! Je repère vite les espaces de liberté.

La liberté est une motivation puissante et fondamentale de l’être humain. Quand j’ai découvert les chaînes YouTube, je n’en comprenais pas le sens. Puis le hasard a fait que je suis tombé sur vous (regardant Ludo). J’ai observé votre technique, votre manière de vous catapulter à l’écran. Je suis attentif à l’écriture visuelle.

Sur vos vidéos, vous mettez en avant les parties sensibles de votre visage. On voit beaucoup vos yeux. Pas une seconde, je ne crois que ce soit le fruit du hasard. J’apprends de tout ça ! Mais mieux vaut dire que je ne suis pas un Youtubeur. Je suis juste un homme politique qui anime une chaîne sur YouTube. Et avec plus de 150 000 abonnés, la visibilité de mes vidéos crée un rapport de force. (…)


David Doucet – Les Inrocks, Source (Extrait)