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Syndicat national des journalistes (SNJ) a rencontré le directeur des rédactions

pub-anti-ivg-le-figaroAprès la journée de jeudi, où la question n’a pas été abordée par la direction, la SDJ a souhaité, le lendemain, faire part des interrogations d’une partie du personnel à Alexis Brézet, directeur des rédactions. “On voulait qu’il réponde à certaines questions de nos collègues, explique la SDJ : pourquoi cette publicité ? A-t-elle été payée ? S’agit-il d’une position du journal ?”.

Le directeur a tout d’abord “dit comprendre que certaines personnes (en interne ou en externe) puissent être choquées par cette publicité”.

Il a également confirmé “qu’il s’agissait d’une publicité (et payée en tant que telle) comme il en parvient de temps en temps au Figaro. Il a été questionné par la régie pub sur l’opportunité de la passer et il a pris la décision de le faire. Il ne s’agit donc pas d’une erreur ou d’une publicité qui serait passée sous les radars”, précise encore le communiqué de la SDJ. Cette réponse, envoyée au sein de la rédaction et à d’autres médias, a renforcé l’indignation de certains employés du journal :

“Même si, d’un côté, c’est rassurant que le service publicité ne décide pas tout seul dans son coin, cela signifie, d’un autre, que c’est une réflexion qui a été réfléchie et validée par le directeur”.

Ce dernier ajoute “qu’il aurait été difficile de justifier un refus si Le Figaro avait été attaqué pour refus d’achat d’espace publicitaire (ce qui lui arrive parfois lorsqu’il constate un appel à la violence ou à la discrimination). Il dit que l’annonceur n’a pas demandé à ce qu’elle passe en page Science-Médecine (un point qui avait choqué certains en interne)”.

En accord avec la ligne éditoriale

“Il s’agit d’une opinion (les pro-life), a encore ajouté Alexis Brézet, qui a le droit d’être défendue, qui n’est pas illégale, pas injurieuse et qui représente la position de l’Eglise catholique et du pape, donc d’une partie de nos lecteurs.”

Mais, peut-on préciser, non seulement la loi en France autorise  l’avortement depuis 1975 mais l’Assemblée nationale, en décembre dernier, a adopté en première lecture le délit d’entrave à l’IVG, visant à condamner les organisations qui diffuseraient, “des allégations ou une présentation faussées” pour dissuader les femmes de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

Même s’il a insisté sur le fait que “les publicités ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale”, le directeur des rédactions n’a pas voulu répondre aux questions de la SDJ sur l’éventuelle parution “de publicités faisant l’apologie de la légalisation du cannabis ou des pro-avortement” dans son quotidien.

On sait néanmoins qu’en 2013, le quotidien avait déjà validé une publicité de la Manif pour tous ; là encore, il s’agissait d’une incitation à agir, puisque le journal avait même glissé un bulletin d’adhésion au groupement contre le mariage pour tous dans ses pages.

Pourtant, de nombreuses femmes, mais aussi des hommes, qui travaillent comme journalistes mais aussi qui font tourner cette énorme entreprise qu’est Le Figaro, n’adhèrent pas à ce retour en arrière.

Mais avec l’élection présidentielle qui approche, ce genre de positions inquiètent certains journalistes. Le climat apparaît tendu, surtout au service politique (…). Autant dire que l’ambiance ne semble pas au beau fixe dans les locaux du Figaro, à quelques semaines du premier tour des élections.


Camille Jourdan – Les Inrocks – Source (Extrait)