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  • Le Monde, N. Pi – Que pensez-vous de la stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail lancée en décembre dernier ?

Marc Loriol – Les pouvoirs publics ressortent de vieilles recettes qui existent depuis 1991. Cette année-là, les -infirmières manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail et les problèmes d’effectifs. En réaction, l’Etat proposait déjà une série de mesures centrées sur la gestion psychologique du stress et du burn-out dans les hôpitaux. Mais depuis, la situation s’est -aggravée. Cette stratégie s’attaque aux conséquences des problèmes, et non pas à leurs causes. Loin d’avoir tiré les leçons du passé, les pouvoirs publics mettent un cautère sur une jambe de bois.

  • Comment la situation -s’est-elle aggravée ?

Marc Loriol – Depuis une trentaine d’années, les réformes successives visent à améliorer la performance économique des hôpitaux. Déjà, à partir de 1983, chaque établissement se voyait doté chaque année d’une enveloppe de fonctionnement limitative, ce qui pouvait l’amener à rationner son activité. Mais la principale rupture est venue de la tarification à l’activité, introduite à partir de 2004 dans le cadre du plan  » Hôpital 2007 « .

Avec la médicalisation des systèmes d’information, chaque patient est intégré dans un groupe homogène de malades, lié à une durée de séjour et un coût qui vont déterminer le financement. Si le patient est hospitalisé plus longtemps, l’établissement perd de l’argent. Cette gestion par indicateurs -influence la prise en charge médicale et conduit à une vision -économique du soin.

Prenons l’exemple d’un service d’urgences : la vision médicale voudrait que l’on prenne d’abord en charge le patient ayant le plus grave problème. Mais si neuf autres personnes attendent pour de petits soucis rapidement soignés, les traiter en priorité donnera de meilleurs résultats sous l’angle d’un indicateur : le temps d’attente moyen aux urgences.

Ce sont les effets pervers d’une approche comptable, qui ne tient compte ni de la complexité des soins ni de leur dimension -humaine. (…)

  • Comment s’attaquer aux causes profondes de ces difficultés -rencontrées par les soignants ?

Marc Loriol – Il faudrait d’abord prévoir un plan pour adapter les effectifs aux besoins, qui vont augmenter avec le vieillissement de la population. (…) Le personnel est à même de réfléchir lui-même à son travail et aux économies réalisables. (…)


Propos recueillis par N. Pi – Le Monde Tire original « L’approche comptable du soin a des effets pervers » – Source (Extrait)