Tabou infranchissable ?

Longtemps reléguée au rang de mythe, …

… la femme fontaine est pourtant une réalité dont la science commence seulement à saisir les nuances. (…) Longtemps reléguées au statut de mythe, les femmes fontaines sont pourtant une réalité à laquelle se confrontent de plus en plus de personnes au fur et à mesure que les pratiques sexuelles évoluent.

Mais sur le sujet, la recherche scientifique reste encore très discrète. Au point de n’avoir ni terme scientifique pour qualifier la chose ni statistiques précises concernant le pourcentage de femmes fontaines dans la population.

Explications

“L’orgasme fontaine prend naissance à l’intérieur”, explique Isabelle, (…) 31 ans qui a découvert la sexualité fontaine l’année dernière :

“On commence à ressentir une pression, une pesanteur comparable à une envie d’uriner. Puis, cela se transforme en un plaisir presque masculin, le pressentiment aigu que l’on pourrait éjaculer, exploser. L’orgasme est dirigé vers l’extérieur, et donc vers l’autre.”

Un phénomène qui peut parfois compliquer les ébats amoureux puisqu’il libère jusqu’à 300 millilitres d’un liquide incolore, inodore, qui ne tache pas mais qui peut tout de même tremper un lit en quelques secondes. (…)

Gynécologue obstétricien et sexologue, coauteur du livre Femmes fontaines et éjaculation féminine : mythes, controverses et réalités, le docteur Samuel Salama s’applique à comprendre la chose (…). Pour cela, il a réalisé des études prospectives, avec des dosages biochimiques et des échographies, qui l’ont amené au résultat suivant :

“Clairement, ce liquide passe par la vessie. Et il est très important de le différencier de la lubrification vaginale, qui, elle, ne sort pas de l’urètre. L’analyse biochimique montre aussi que ce liquide a les mêmes composants que l’urine, il a donc une origine rénale.”

(…) Il est vrai que bon nombre de femmes fontaines souffrent de cette association et des réactions de dégoût qu’elle engendre parfois chez certains partenaires peu délicats, au point que la psychosexologue Frédérique Gruyer décrit l’effet fontaine comme “un paradis trop violent”. Beaucoup préfèrent donc parler d’éjaculation féminine, même si le terme est inapproprié.

“Les femmes ont une prostate, même si c’est peu connu. Techniquement, l’éjaculation féminine correspond donc à l’émission par cette prostate d’un petit liquide blanchâtre qui fait moins d’un millilitre. Ce phénomène est différent de l’expulsion fontaine, même si les deux émissions peuvent être associées, avec dans ce cas 300 millilitres venant de la vessie et 1 millilitre venant de la prostate”, résume le docteur Samuel Salama.

Bien que le phénomène soit connue depuis l’antiquité, il est resté tabou de longues années.

Il existe deux catégories de femmes fontaines très différentes. Bien qu’elle soit la plus rare, la première est connue depuis des siècles. Elle était déjà évoquée dans les textes d’Aristote, tandis qu’Hippocrate lui conférait un signe de fertilité. Les chercheurs parlent ici de femme fontaine “autonome” car fondée sur un phénomène d’emballement cérébral. En se déclenchant dans le lobe frontal du cerveau, l’orgasme déconnecte au passage la zone qui régule l’envie d’uriner. On constate alors chez ces femmes une forte contraction au niveau de la vessie et un mécanisme d’expulsion très puissant, en jet. A l’inverse, la seconde catégorie est liée à l’évolution des pratiques sexuelles.

“Le fait que les hommes mettent leurs doigts dans le vagin de leurs partenaires est quelque chose d’assez nouveau. On ne faisait pas ça il y a cinquante ans, c’était vu comme des pratiques de prostitués. Pendant des millénaires, une femme bien était une femme qui avait un maximum d’enfants et un minimum d’orgasmes. Donc forcément, la science ne s’intéressait pas à ça. Les choses ont commencé à changer avec l’émancipation féminine”, explique le docteur Samuel Salama.

Souvent qualifié de “squirting” par les anglophones, ce type d’émission fontaine a quelque chose de beaucoup plus mécanique. En appuyant sur le point G situé sur la paroi antérieure du vagin, le partenaire compresse aussi la vessie placée juste derrière. Si cette dernière est pleine, le liquide va donc couler sous la pression des doigts, souvent au moment de l’orgasme. Vu sous cet angle, toutes les femmes peuvent donc être fontaines. Pour peu qu’elles tombent sur la bonne personne, celui ou celle que les chercheurs appellent un “sourcier”.

Malgré les tabous encore liés au squirting, plusieurs études prouvent que la majorité des hommes ont une vision positive de ce type de jouissance. (…)

“Comme le plaisir est visible, ça flatte l’ego du mec. Quand tu sais qu’une fille est fontaine, ça devient aussi une finalité dans le rapport. Tu veux que ça ait lieu à chaque fois, sinon tu as l’impression de ne pas avoir bien fait le job. Tu te retrouves un peu comme une fille face à un mec qui n’éjaculerait pas.”

Finalement, la sexualité fontaine a ceci d’attirant qu’elle rend visible l’invisible et réajuste le rapport sexuel homme-femme en mettant tout le monde sur un pied d’égalité. (…)


Simon Clair – Les Inrocks – Source de l’article (Extrait)