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Du fait de l’alternance politique en région, les associations de protection de la nature et les réseaux de la gauche paysanne voient leurs financements diminuer drastiquement. Un mouvement qui témoigne d’une vision de l’environnement et de l’agriculture coupée des considérations écologiques.

C’est un fait avéré : l’agriculture paysanne est en plein essor ; les circuits courts, associant agriculteurs et consommateurs autour de produits de qualité vendus au prix le plus juste, se développent partout. Mais cet élan est freiné par le retour de la droite à la tête de nombreuses régions, pour qui les questions d’environnement sont loin d’être une priorité. Il suffit de regarder l’évolution du budget consacré au secteur entre 2015 et 2016 :

  • 3,8 % pour les Pays de la Loire,
  • 10,8 % pour la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes,
  • 13 % pour Paca,
  • 31,3 % pour la Normandie,
  • 33,9 % pour l’Île-de-France…

En clair, depuis qu’ils dirigent les régions, les élus de droite ont passé l’écologie au hachoir. « Lors de notre assemblée générale, début décembre, nous avons fait le constat généralisé que les régions, singulièrement celles passées à droite, s’attaquent toutes aux projets environnementaux », confie Florian Martinez.

Le porte-parole du syndicat Asso Solidaires (salariés du secteur associatif) dénonce une « vision clientéliste » et « une non-reconnaissance du travail effectué depuis des années par des associations qui défendent le vivre-ensemble ».

À ce titre, l’exemple de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes est édifiant. Son président, Laurent Wauquiez (LR), n’aime pas les écolos et ne s’en est jamais caché. Pendant la campagne des régionales, il se targuait de débarrasser la région des « ayatollahs » verts. « Dès la première année de son mandat, il a appliqué ses promesses de campagne », regrette Corinne Morel Darleux, conseillère régionale du Parti de gauche. Le nouvel exécutif a en effet baissé drastiquement les subventions aux associations de protection de la nature ou de l’agriculture paysanne et bio.

La Frapna (principale actrice de l’éducation et de la défense de l’environnement dans la région) a vu sa subvention réduite de 50 % en 2016, ainsi ramenée à 385 000 euros. Conséquence : elle va devoir supprimer 18 postes. « En quatre mois, nous sommes passés de l’euphorie de la COP21 à une relégation sans précédent des questions environnementales », explique son président dans une lettre adressée aux adhérents de l’organisation, pointant « la baisse brutale du financement des collectivités »

Les associations, en effet, avaient été très largement sollicitées en 2015, à l’occasion de la conférence internationale sur le climat. L’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD) avait même été, pour la première fois, reconnue, au Bourget, comme un outil essentiel de lutte contre le changement climatique. Les circulaires du ministère de l’Éducation nationale elles-mêmes encourageaient l’intervention des associations dans les écoles pour accompagner l’effort collectif vers la transition énergétique.

Des engagements politiques qui ne sont pas au rendez-vous

Force est de constater qu’une fois la grand-messe de la COP21 terminée, et alors que des élus locaux participaient encore au lancement des 4es assises de l’EEDD en octobre 2016, les engagements politiques ne sont pas au rendez-vous dans les régions présidées par la droite, lesquelles jouent, en sus, la carte de l’opposition entre les organisations. Car si la Frapna s’est fait essorer en Auvergne-Rhône-Alpes, la fédération des chasseurs de la région a vu, elle, sa dotation multipliée par… 40 ! Elle dispose désormais d’un budget de 3 millions d’euros pour « conserver le patrimoine naturel et faire de l’éducation à l’environnement ».

« Il y a deux façons de voir la ruralité, la préservation de la biodiversité et l’aménagement du territoire, expliquait, il y a peu, au quotidien le Monde, Philippe Meunier, le vice-président chargé de la chasse et de la pêche, justifiant ce choix. Soit on le voit du côté des bobos des villes, soit on discute avec les acteurs du monde rural qui connaissent le territoire parce qu’ils le pratiquent tous les jours et tous les week-ends lorsqu’ils chassent… »

Plus mal lotie encore, la Criirad, Commission de recherche et d’informations indépendantes sur la radioactivité, a quant à elle brutalement perdu l’ensemble des subventions que s’était engagée à lui verser la région. Celle-ci « nous a notifié très tardivement qu’elle n’allait pas renouveler (la) convention triennale signée en 2014 (prévoyant) un montant de 190 000 euros par an », regrettait Yves Girardot, président de la structure, interviewé en novembre par France 3 Rhône-Alpes.

Cohérent jusqu’au bout, Laurent Wauquiez a en revanche relancé l’investissement routier, à hauteur de 132 millions d’euros pour l’autoroute reliant Lyon à Saint-Étienne, projet qui préemptera de nombreuses terres agricoles. « Il n’était même pas voté par les élus de la région que Laurent Wauquiez avait déjà signé une autorisation de concession à Vinci », reprend Corinne Morel Darleux. Ultime touche au tableau : après avoir refusé la création de deux nouveaux parcs naturels, la région accordait 4,7 millions d’euros pour le Center Parc de Roybon, en Isère, très contesté, entre autres pour des raisons environnementales.

L’Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas un cas isolé. Dans la région des Hauts-de-France, dirigée par un Xavier Bertrand pro-EPR et anti-éolien, les financements aux associations de défense de l’environnement ont eux aussi fondu comme neige au soleil. France Nature Environnement a ainsi perdu 200 000 euros de subventions. L’avis du Ceser (conseil économique, social et environnemental régional) sur le projet de budget 2017 des Hauts-de-France est à ce sujet limpide : « Le Ceser regrette que le budget baisse de l’ordre de 40 % entre 2016 et 2017, comme annoncé publiquement par le vice-président. Il s’étonne de cette faible budgétisation alors même que les régions se sont vu attribuer de nouvelles compétences en matière de développement durable et d’environnement. »

L’agriculture durable, guère mieux lotie que la biodiversité

Dans la même veine que Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand a carrément confié la présidence de la commission environnement de la région au patron des chasseurs de l’Oise, comme promis durant sa campagne. Ce dernier, Guy Harlé d’Ophove, a annoncé la couleur, en avril dernier : « Comme l’a dit et écrit Xavier Bertrand dans son projet à la présidence de la région, nous allons défendre une écologie de bon sens… »

L’agriculture durable, enfin, n’est guère mieux lotie que la biodiversité. En Auvergne-Rhône-Alpes, encore, « les réseaux et associations de terrain se sont vu confisquer leurs fonds et leurs missions au profit des chambres d’agriculture, liées au lobby industriel de la FNSEA », déplore Corinne Morel Darleux, évoquant un transfert de plus de 500 000 euros, fourchette basse, vers les chambres d’agriculture. Là aussi, la tendance est la même dans toutes les régions qui ont connu une alternance politique.

Porte-parole de la Confédération paysanne des Pays de la Loire, Mathieu Courgeau peut en témoigner : « Quand la droite est arrivée au pouvoir, notre subvention est passée de 100 000 euros à 40 000 euros, soit une baisse de 60 %. Nous avions anticipé, en ne prolongeant pas le poste d’un salarié, mais cela a été un coup dur pour notre structure. On nous a dit qu’il y avait désormais une enveloppe globale pour tous les syndicats agricoles, et que la répartition était fonction des résultats des chambres », poursuit-il. « Sauf que le syndicat des Jeunes Agriculteurs, lui, s’est vu attribuer une subvention exceptionnelle… », dénonce le syndicaliste, qui s’attend « au pire » pour la suite. «  Rien n’augmentera pour les réseaux de la gauche paysanne, d’autant qu’il y a une mainmise de la FNSEA sur la politique agricole de la région. Et dans la conception de ce syndicat, le développement agricole ne peut être assuré que par la chambre. » Lucide, Mathieu Courgeau pointe au passage les méfaits de la réforme territoriale et de la loi NOTRe, dont l’incidence sur les baisses de subventions est elle aussi notable.

Autant de politiques régionales qui, in fine, font écho au programme de François Fillon, le candidat LR pour les présidentielles. Celui-ci souhaite entre autres « accélérer l’homologation des produits phytosanitaires » et favoriser l’innovation « génétique »… Comprendre : autoriser plus facilement le recours aux pesticides, voire aux OGM. Certes, il propose aussi de soutenir les circuits directs de ventes du producteur au consommateur. Mais c’est du bout des lèvres, et via des crédits d’impôt. Inquiétant.


Alexandra Chaignon L’Humanité (lecture libre) –Source