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Voilà un article apportant une info passée sous silence. L’article n’est pas, hélas, d’une grande clarté dans sa narration, c’est dommage, reste le fond. Je pense après lecture et un peu de recherche que l’info de ce billet est exacte ; aussi mérite-t-il toute notre attention, car il s’agit là une nouvelle fois du passage de ce qui ressort du travail d’établissements publics, vendu au privé avec toutes les dérives que cela peut engendrer. A suivre donc. MC

Je vais vous raconter une petite histoire, celle du Pays où j’ai vécu et travaillé.

Il était une fois… des enfants. Pas de bol, peu de temps après leur naissance on les avait affublé du doux non de Cas Sociaux (pour les meilleurs) ou d’Inclassables (pour les pires). Allez savoir pourquoi ? Enfants mal nés, mal éduqués ? Soit dit en passant, j’ai bien failli y passer moi aussi, petit, sous l’étiquette d’Inclassable. Bon ! Passons…

Ces mômes sont placés en institution.

Et ça coûte cher, 60.000 € l’année, mais on a fait des progrès et disons que globalement 60 % des gosses s’en sortent pas trop mal, même s’il y aurait beaucoup à dire sur les services rendus par ces institutions. Je sais de quoi je parle, je suis encore vice-président (hé oui !) du plus vieux Lieu de Vie de France, le ROC de Tonnac, à la lisière du Tarn et de l’Aveyron) dans lequel on a réalisé toutes les évaluations (mises aux normes, etc. tout le saint Frusquin obligé), sans obtenir pour autant les résultats escomptés.

Par contre, c’est indéniable, un gosse hors les murs (hors des institutions) en “Prévention” (ne) coûte (que) 3 à 6.000 € l’année. [comme il faut faire des économies dans les dépenses publiques les amis …MC.] Des petits bricoleurs ont donc conclu : foutons tous les gosses dehors, envoyons des “commandos ” éducatifs de choc (1 pour 20 à 40 gamins), dans les familles en difficulté, ou ailleurs ?

Conclusion :

On met le gâteau sur le marché dans les mains du privé et comme la rentabilité est de 15% les Banques et Assurances rappliquent, et cela devient un Contrat à Impact Social. Précision ultime, si les résultats sont positifs, bingo ! S’ils sont négatifs l’ASE ne paie pas. Mais en gros on s’en tire autour des 5 %.

Cette saloperie a été inaugurée en novembre 2016, dans le Nord par un certain François Hollande. Tout ce que je vous dis là est vérifiable, en particulier par la (bonne) presse, le journal Lien Social entre autres.

J’ai donc mis en action le réseau militant du Nord. Ils prennent très au sérieux cette histoire de Contrat à Impact Social balancée en HDF (Hauts de France) pour servir de modèle transposable dans toutes les ASE (Aide Sociale à l’Enfance) de France.

Premiers touchés-coulés ? Les mineurs isolés étrangers. Ils vont coûter encore moins cher parce qu’ils végètent dans les Foyers de l’Enfance, où mieux, mais c’est plus cher, en MECS (Maisons d’enfants à caractère social). Ils n’ont pas de famille, pas de suivi éducatif approprié, rien….! Et en plus ce sont des enfants intelligents, volontaires et résilients. Placés en hôtel avec un éducateur de prévention pour 10 à 30 mômes (30, c’est le nombre de gosses que je suivais quand je bossais – mal – pour l’ASE en 1980) : taux de rentabilité prévisible, ce n’est plus du 5 % mais 10 à 15%.

Vous avez du fric à placer ?

Rendement sans fin, parce que 1 000 autres gosses attendent aux frontières. Il suffit d’ouvrir le robinet. On va voir plein de propositions d’intervention fleurir et le pire avec les grosses associations du secteur dont les effectifs en “internat” baissent, soutenues par les banques et les compagnies d’assurance. Pour peu que la MAIF et les Banques Coopératives ne soient pas informées du traquenard, et la boucle sera bouclée. C’est pas beau, le Social ?

Coïncidence ! Calais se trouve aussi dans la région… Nord et les mineurs isolés reviennent faute de mieux sur Calais.

En Haute-Garonne on a apparemment vu venir l’affaire. Le Réseau Educateurs sans Frontières attaque au plan juridique la situation des mineur(e)s isolé(e)s placés en hôtel pour tenter une jurisprudence…

À suivre. Je repars au combat, on n’est pas sérieux quand on a… 67 ans.

Il faudrait absolument mettre des journalistes sérieux sur le coup, outre toutes les personnes bienveillantes intéressées, et surtout des artistes, pour qu’ils viennent nous raconter la belle et étrange histoire du… des Petit(e)s Poucet(te)s. Petites Poucettes parce que les filles, dans cette histoire, sont les plus vulnérables, évidemment.


Christian DULIEU, travailleur social, ex directeur d’Institutions Sociales et Médico-Sociales, ex directeur de Centre de Formation et ex Petit Poucet résistant. Permalien vers cet article