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En leur temps la « Kermesse Héroïque » comme « les enfants du paradis »  ou plus récemment « Avatar » ou  « Le caïman » (sur Berlusconi) se retrouvèrent des symboles dénonciateurs, provocateurs, que vaut le film « Chez-nous » ?

Il est difficile de « trouver » une critique négative de ce film, en dehors de celles du parti politique constituant la trame du film.  MC

Certains d’entre eux viennent de se distinguer à propos du prochain film de Lucas Belvaux, Chez nous, sur les écrans le 22 février. « Je ne suis pas sûr qu’il fasse beaucoup d’entrées parce qu’il n’a pas l’air objectivement [sic !] extrêmement bon », a affirmé Florian Philippot, qu’Europe 1 n’a eu de cesse d’inviter dès le 1er janvier.

Gilbert Collard, en expert, y a vu la marque des « émules de Goebbels ». Tandis que Steeve Briois a immédiatement reconnu dans le personnage interprété par Catherine Jacob, la présidente du Front national. Mais la première serait un « pot à tabac » comparée à la bombe Le Pen. Puissance du point de vue, sagacité du regard, sophistication de l’argumentaire.

(…) Démocrates revendiqués, ils ont le réflexe qui caractérise les censeurs, celui de juger une œuvre sans la connaître. (…) ….  si la bave leur vient aux lèvres, c’est qu’ils flairent le danger.

J’ai eu la chance de voir Chez nous : un film fort et opportun. (…) Lucas Belvaux n’est pas accusateur. Il cherche à comprendre pourquoi le personnage principale du film se fourvoie, (…). Et sa fiction cible juste.

Christophe Kantcheff – Politis N°1435


Pour les Inrocks –Critique sur « Chez nous » du cinéaste belge Lucas Belvaux …

Pauline (Emilie Dequenne) est infirmière à domicile dans une petite ville du nord de la France, où elle a toujours vécu et est appréciée par tous. Elle s’occupe seule de ses deux enfants et de son père, un ancien ouvrier métallurgiste. Sa figure et son parcours attirent l’attention des cadres d’un parti d’extrême droite nationaliste, le Bloc Patriotique, qui voient en elle l’incarnation de la “française d’origine déclassée”, et comptent lui proposer d’être leur candidate aux prochaines élections municipales.

Au fil de discussions qui dérapent subrepticement, de micro-événements générateurs de tension sociale et d’humiliations propres à attiser la haine de l’autre, Lucas Belvaux (38 témoins, Pas son genre) entend disséquer avec une acuité quasi-documentaire les mécanismes de séduction des partis extrémistes.

Alexandre Buyukodabas  – Source (extrait)


 Pour le critique du « Monde » Raphaëlle Bacqué

Dédiabolisation plus réussie dans le film

Curieusement, c’est bien cette représentation de leur présidente qui a concentré les hostilités. (…)

Pourtant, s’ils avaient vu Chez nous, les dirigeants du Front national auraient sans doute évité une charge si brutale et maladroite. Car la présidente du Bloc patriotique qui ressemble si fort à celle du Front national ne tient en réalité qu’une place très secondaire dans le film de Lucas Belvaux. La véritable héroïne en est bien plus une jeune infirmière libérale (incarnée par Emilie Dequenne), généreuse, fille de communiste, balayant ses réticences à représenter aux élections municipales ce parti qui, parce qu’il est dirigé par une femme et s’adresse aux ouvriers, ne lui paraît pas si dangereux.

Ce charme qu’exerce peu à peu sur l’infirmière ce parti populiste, sur fond de crise économique et morale, est la part la plus subtile de Chez nous. Et si Florian Philippot l’avait regardé, il aurait pu reconnaître une certaine familiarité dans cette équipe de campagne policée, en costume-cravate, et ce personnage de médecin, incarné avec finesse par André Dussollier, aussi attentif à ses patients qu’aux recrues qu’il peut ramener.

Un troisième personnage, joué par Guillaume Gouix, est à la fois plus attendu et plus redouté par les dirigeants du FN. Il prend le visage de ce jeune militant identitaire, amoureux sincère de l’infirmière mais violent tabasseur d’immigrés la nuit. Dans la fiction de Belvaux, le Bloc patriotique, soucieux d’achever sa dédiabolisation, maintient à l’écart son militant ultra, quand, dans la réalité, le FN a récemment montré qu’il pouvait réintégrer d’anciens dirigeants du Bloc identitaire.

Chez nous est-il un grand film politique ? C’est en tout cas une tentative de décrire une réalité à laquelle le cinéma français rechigne à s’affronter.

Lucas Belvaux s’est attelé à son sujet en réfutant d’emblée l’idée de faire un film « engagé ». « Je veux surtout susciter la discussion », dit-il. Lors des premières projections à la presse, son film n’avait cependant pas suscité d’enthousiasme particulier. Il a trouvé dans la controverse bruyante initiée par les dirigeants du FN une publicité inattendue. « Leur réaction m’a surpris », reconnaît le cinéaste belge. Avant de souligner dans un sourire : « Au fond, dans mon film, je crois qu’ils sont plus fins… »

Source (extrait)


Pour la rédaction du « Point »

À la croisée du cinéma social et de la politique

Il décrit avec finesse sa fulgurante ascension et les sentiments successifs qu’elle éprouve [l’héroïne du film], du doute à la fascination face au discours flatteur et séduisant du Bloc patriotique, puis à la colère. Ce film, à la croisée du cinéma social et de la politique, s’intéresse en même temps aux rouages et à la rhétorique de ce parti, qui veut montrer une image respectable mais est rattrapé par son passé et ses composantes les moins acceptables. (…)

Lucas Belvaux. (…) entend vouloir « participer au débat » avant la présidentielle, (…). « Ce n’est pas un film à charge contre le FN dans le sens où je n’invente rien », dit-il. « Je ne suis encarté nulle part, et le film n’appelle à voter pour personne. (…)

Source (extrait)


Pour la critique Margaux Baralon d’« Europe 1 »

Un film sur les « vrais gens ».

… L’histoire de Chez Nous est d’abord celle de Pauline (Emilie Dequenne), infirmière à domicile  …..

Tout l’intérêt du film de Lucas Belvaux est là, dans la stratégie déployée par le parti populiste pour infuser les esprits de ces Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Le cinéaste belge accorde un soin tout particulier à retranscrire la rhétorique frontiste consistant à renvoyer droite et gauche dos à dos, à rappeler que ni les uns ni les autres n’ont réussi, une fois au pouvoir, à améliorer significativement le quotidien. Et à se positionner en uniques challengers capables, enfin, de « changer les choses ».

Source (extrait)