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Daech essaie de maintenir une position qui lui permette de ne pas perdre un trop grand nombre de combattants en Irak et en Syrie, tout en continuant à exister sur le plan politique et médiatique.

Les campagnes de terreur, comme l’attaque de Berlin, s’inscrivent ainsi dans le début d’un processus de campagne de terrorisme. Quand Daech est en difficulté sur le plan militaire, il s’agit pour l’organisation de démontrer qu’elle continue à avoir une influence politique. Elle utilise un peu la stratégie maoïste : quand l’ennemi avance, je recule, et quand l’ennemi recule, j’avance.

La reprise de Palmyre (retombée sous le contrôle de Daech le 11 décembre dernier, NDLR) correspond à cela. À Mossoul, Daech présente une résistance très importante. En considérant ses membres comme des fous, on a fait une erreur d’analyse. Pour eux, Daech représente une nouvelle utopie pour laquelle le combat est légitime.

Sur le plan militaire, il n’y a aucune ambiguïté : Daech n’a pas les moyens de résister en Irak. Mais la question la plus importante est politique.

  • Le projet de Daech demeure entier, et face à cela, quelle est l’alternative ?
  • Que proposeront les dirigeants irakiens, syriens et libyens ?

Daech propose un discours millénariste, avec le fantasme de la restauration du califat, l’instauration de la charia. Cette vision est morbide et repose sur la terreur, mais on ne peut nier qu’elle reste mobilisatrice.

Daech a besoin d’une bataille entre sunnites et chiites

Daech exploite aussi les rivalités entre sunnites et chiites, même si l’on ne peut pas résumer le débat à cela. Il ne faut jamais oublier que du temps de Saddam Hussein, en Irak, le débat ne se posait pas en ces termes-là, et que la question était éminemment politique. Certes, les chiites sont majoritaires en Irak, mais dans l’armée ou les services de renseignement, on trouve de tout.

Aujourd’hui, résumer le débat à cette bataille entre sunnites et chiites est un des pièges dans lesquels veut nous faire tomber Daech. On voit bien l’insistance de son appareil dirigeant à vouloir utiliser les chiites comme ennemis premiers. Daech a besoin de cette bataille pour affronter l’Arabie saoudite, qui n’a plus à ses yeux la légitimité pour assurer la suprématie des sunnites sur les chiites.


L’Interview de Kader Abderrahim parue dans « La Croix », a été recueilli par Marianne Meunie,  Lu dans la Lettre IRIS N° 616 – Source