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La campagne de Donald Trump, [a été] l’occasion d’injecter racisme et misogynie dans le débat politique américain. Rien de tout cela n’aurait eu lieu si Trump n’avait pas endossé le rôle de “troll en chef”. (…)

Transition

Pour l’instant, on ignore quels rapports les partisans extrémistes de Trump vont entretenir avec son gouvernement. Trump compte néanmoins parmi ses proches conseillers des personnes qui ont courtisé les extrémistes.

Les nationalistes blancs et d’autres figures de l’ultradroite se voient désormais comme les porte-drapeaux du nationalisme “trumpiste”. “Nous serons puissants, non pas en le soutenant dans les coulisses, mais en étant à l’avant-garde, a déclaré Richard Spencer.

Vague haineuse

Depuis des années, l’extrême droite américaine admirait les ethno-nationalistes européens, qui ont su capitaliser sur les angoisses économiques et la xénophobie pour gagner du terrain. Aujourd’hui, l’Alt Right semble avoir “décroché le gros lot”, souligne Lawrence Rosenthal, politologue spécialiste de la droite américaine à l’université de Californie à Berkeley : “Non seulement Trump a obtenu le soutien de ces personnes, mais il les a institutionnalisées.”

Breitbart News

Si Breitbart News est la plateforme de la droite alternative, comme l’a affirmé lui-même Stephen Bannon, le site jouait ce rôle en sourdine jusque récemment : il se plaçait à la droite de Fox News, mais évitait les propos ouvertement haineux.

Racisme universitaire

Quand Hillary Clinton a déclaré pendant sa campagne que “l’idéologie raciste émergente appelée Alt Right” s’était “emparée du Parti républicain”, Richard Spencer s’est frotté les mains. Du jour au lendemain, les demandes d’interviews ont afflué, car les journalistes voulaient en savoir plus sur le principal idéologue du mouvement.

Richard Spencer, qui n’a pas terminé son doctorat à l’université Duke et qui arbore une coupe de cheveux “fashy” (comprendre “fascisante”), tente de donner au racisme un nouveau vernis radical chic. Au même titre qu’une génération plus ancienne de “racistes académiques” – ou “racialistes”, terme qu’il préfère –, Richard Spencer veut professionnaliser un mouvement depuis longtemps associé aux nazis et au Ku Klux Klan.

D’une manière générale, il évite les injures raciales et les menaces violentes au profit de discussions polies sur la génétique et le multiculturalisme. À terme, Richard Spencer espère que la population non blanche des États-Unis pourra être persuadée de retourner sur les terres de ses ancêtres, car ce serait d’après lui préférable pour tout le monde.

Et le racisme gagne du terrain dans les universités. La plupart des professeurs qui donnent des cours sur les questions raciales et d’identité “n’ont pas fait leurs devoirs”, affirme Nathan Damigo, un ancien marine âgé de 30 ans qui étudie les sciences sociales à l’université d’État de Californie. Il a récemment fondé un groupe étudiant appelé Identity Evropa [Identité européenne].

Les trolls sur Internet

“Je ne suis pas un troll, mais je les comprends, déclare Richard Spencer. À certains égards, ils ont servi le mouvement plus que moi.” Sur des forums anonymes tels que Reddit et 4chan, créés au début des années 2000, les blagues et les mèmes racistes circulent depuis longtemps.

Le style politique effronté de Trump a réjoui les trolls. Il leur a montré, en leur offrant une plateforme tout au long de sa campagne, qu’ils pouvaient avoir une influence politique. Le mème de Pepe la grenouille a circulé pendant des mois sur 4chan et 8chan avant que le site néonazi Daily Stormer n’ajoute cette image à la bannière de sa page d’accueil. Les trolls ont pris le relais sur Twitter et Pepe est devenu une mascotte de l’Alt Right, ce qui a poussé l’Anti-Defamation League [ADL, Ligue antidiffamation] à classer cette image parmi les symboles haineux.

L’ultradroite a permis au trolling d’une minorité de devenir une forme virulente de propagande que Richard Spencer et d’autres appellent la “magie des mèmes”. Les trolls diffusent des images haineuses qui s’en prennent aux juifs et aux Noirs sans craindre la censure, grâce à l’anonymat qu’offrent Twitter et d’autres plateformes.

Les néoréactionnaires

“Une start-up peut avoir un ou deux fondateurs, mais pas 17 ou 17 000”, proclame Curtis Yarvin, qui dirige à San Francisco une société informatique partiellement financée par une société de capital-risque dont Peter Thiel [cofondateur de Paypal et soutien de Donald Trump pendant la campagne] est un associé.

Ces “rétrogrades éclairés” se plaisent à débattre sur les penseurs protofascistes et les textes obscurs qui ont précédé le siècle des Lumières.

Les néoréactionnaires rejettent le concept d’égalité entre les sexes et entre les races. Ils privilégient la supposée “biodiversité humaine”, soit l’idée pseudo-scientifique que les races ont des QI différents. Curtis Yarvin fait valoir que la plupart des pays africains s’en sortaient mieux pendant la colonisation et estime que les différents groupes ethniques des États-Unis devraient former des “communautés autonomes”.

Les paléolibertariens

Ron Paul, ancien député républicain du Texas de tendance libertarienne et ex-candidat à la présidence, est un héros pour certains au sein de l’ultradroite. Des newsletters publiées en son nom au début des années 1990 mentionnaient David Duke et Jared Taylor en des termes positifs et se préoccupaient de la “disparition de la majorité blanche” de l’Amérique.

Les masculinistes

(…) …. la croisade antiféministe du mouvement de défense des droits des hommes sont liés à l’ultradroite. Milo Yiannopoulos dénonce souvent les féministes et le mouvement Black Lives Matter dans le même souffle. Mike Cernovich est un fervent partisan des politiques identitaires qui reposent sur les droits des hommes.

La coexistence du racisme et du sexisme dans la soi-disant “androsphère” remonte à la naissance d’Internet. L’un des premiers sites de ce courant, Fathers’ Manifesto, faisait référence au livre de Warren Farrell intitulé The Myth of Male Power [Le mythe du pouvoir masculin] tout en appelant à l’exil des Noirs hors des États-Unis.

Richard Spencer admet volontiers que les femmes représentent une petite partie de l’Alt Right, mais il a également déclaré que la majorité des femmes rêvaient secrètement d’amants d’ultradroite car elles voulaient les gènes et le sperme d’hommes forts.

Il pense aussi que les femmes ne sont pas faites pour occuper certaines fonctions. “On ne devrait jamais autoriser les femmes à se mêler de politique étrangère, a-t-il tweeté

Les remarques misogynes de Trump ont d’autant plus renforcé les liens entre les branches racistes et sexistes de l’Alt Right. Quand la fameuse vidéo de Trump tenant des propos obscènes a été diffusée pendant la campagne, Richard Spencer a affirmé qu’il était “ridicule” et “puritain” d’assimiler le comportement de Trump à une agression sexuelle, avant d’ajouter que, “quelque part en elles, toutes les femmes veulent être prises par un homme fort”.

Un climat de haine

Finalement, la promesse de Trump de “rendre sa grandeur à l’Amérique” n’était pas qu’une attaque visant les élites et le libre-échange. Trump a aussi exploité la crise identitaire qui s’est développée chez les électeurs blancs. Trump a identifié ce ressentiment et non seulement il a flatté les pires instincts des électeurs, mais il les a aussi légitimés.

Il s’est aussi allié à des personnalités européennes d’extrême droite. Il a notamment rencontré le britannique Nigel Farage (ex-dirigeant du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) et partisan du Brexit quatre jours après le scrutin. En France, Marine Le Pen a salué sur Twitter la sanction infligée aux “élites politiques et médiatiques” après l’élection du 8 novembre.

Le succès des tactiques de Trump a de profondes incidences, affirme Bob Inglis, ancien député républicain de Caroline du Sud. “C’est une chose de représenter la population et de donner une voix à ses peurs. Mais amplifier ces peurs n’est autre que de la démagogie. C’est d’autant plus triste que nous le savions et que nous avons quand même voté pour ça. En un sens, le pays tout entier a perdu cette élection.”

Face aux manifestations virulentes (qui ont suivi son élection) et à la lourde tâche qui l’attend – gouverner –, Trump se montrera peut-être pragmatique. Il pourrait créer avec les extrémistes de l’Alt Right une relation similaire à celle des conservateurs traditionnels avec la droite religieuse réactionnaire : leur manifester un intérêt de pure forme sans pour autant leur accorder un réel capital politique.

En attendant, une chose est sûre : le 20 janvier 2017, le 45e président des États-Unis sera investi dans un climat politique entaché par la haine.


Josh Harkinson avec Sarah Posner et David Neiwert – Courrier International – Source (Note: ci-dessus n’est qu’un tres court extrait !!!)