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Depuis plusieurs jours, Marine Le Pen et sa nièce s’écharpent par médias interposés sur la question de l’avortement. Le politologue et chercheur associé à l’IRIS, Jean-Yves Camus, analyse les répercussions de ces oppositions au sein du Front national, à l’orée de l’élection présidentielle de 2017.

  • Quelles sont les raisons qui ont poussé Marion Maréchal Le Pen à prendre cette position conservatrice et différente de celle de Marine Le Pen ?

Tout d’abord, c’est simplement que l’on affaire à deux personnes qui ont deux visions différentes des questions sociétales. C’est vraiment une question de convictions personnelles, elles n’ont pas les mêmes idées sur l’IVG et le Mariage pour tous.

L’analyse de Marine Le Pen consiste à dire : face à François Fillon et à la dureté de son programme économique et social, un boulevard s’ouvre pour le Front national s’il réussit à incarner l’opposition des classes populaires et tous ceux qui seraient perdant du projet Fillon.

Marion Maréchal Le Pen, elle, s’appuie sur la question des valeurs du parti en disant : “nous sommes des gens de droite et il y a des fondamentaux dont ces questions sociétales”, dont, il me semble qu’elles ne pèsent pas tellement lourd en termes de nombre de voix en réalité. (…)

  • Marion Maréchal-Le Pen a donc fait ces déclarations précisément suite à la nomination de François Fillon comme candidat de la droite…

C’est incontestablement celle qui a le plus à perdre dans le choix de François Fillon, c’est la tendance qu’elle représente et qui se trouve concurrencée par une droite qui s’affirme. On ne réalise pas vraiment qu’en réalité, dans le milieu catholique de droite, traditionnel, l’impact de la candidature de François Fillon a été énorme. Il attire énormément d’électeurs qui partagent certaines idées du FN, comme sur les questions d’identité, l’immigration, le terrorisme, et l’islam. (…)

  • Comment expliquer qu’elle cherche autant à se détacher de sa tante, peut-on parler de “rivalité” ?

Je suis plus réservé sur ce point. (…) Pour le moment les deux sensibilités qu’elles représentent sont avant tout complémentaires, et il faut que cela reste comme ça pour que le Front national soit au second tour. Pour avancer, le parti a besoin de marcher sur ses deux jambes, c’est-à-dire sur les seuils d’idées que chacune de ces deux tendances représentent. Si l’une venait à disparaître, ce serait un désastre pour le parti. (…)

  • (…) Dans quelle mesure ces oppositions peuvent-elles impacter la campagne de Marine Le Pen ?

(…) S’il n’est pas mis assez rapidement un terme à ces échanges, le parti encourt un risque électoral qui peut lui coûter très cher. Un Front national divisé a moins de chance d’arriver au second tour qu’un mouvement uni. (…)


Propos recueillis par Fanny Marlier – Interview de Jean-Yves Camus, Lu dans les Cahiers d’IRIS – Source (extrait)