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Quatre Noëls, qui dit mieux? Qui s’en plaindrait : « Ça fait plus de cadeaux. » Pas sûr, cependant, que ces enfants soient plus heureux que les autres…

« (…) le Noël s’est beaucoup réinventé et laïcisé, surtout avec les familles recomposées, confirme Claudine Attias-Donfut (1), les traditions familiales, elles, restent inamovibles. » Tonton se déguise en Père Noël, la table scintille et les cadeaux sont placés sous le sapin, le matin ou à minuit… « Qu’importe ! Cette mise en scène destinée aux enfants rend leur présence indispensable pour une fête réussie », remarque la sociologue. « Mais, plus que tout, la symbolique des cadeaux peut vite conduire à une surabondance, comme aux anniversaires, qui vont aussi se fêter plusieurs fois », souligne Chantal Van Cutsem (2).

« (…) mes parents ne sont pas des nantis ! observe la jeune Nina. Petite, j’étais enchantée par ces paquets à déballer, mais, à force, j’en ai eu assez. » Non seulement l’enfant ne profite pas de ses jouets s’il en a trop, mais encore cette profusion serait le sapin qui cache la forêt dans les familles…

Pourtant, Noël, c’est l’occasion de faire plaisir à ses enfants, de leur dire qu’on les aime, d’effacer l’ardoise d’une année difficile avec les ados, de se réjouir d’être ensemble… Une trêve. « Aujourd’hui, la famille se crée avec l’enfant et non, comme autrefois, avec le couple. C’est une caractéristique de la famille moderne. Quand il y a surabondance, c’est surtout le signe d’une compétition entre adultes. On veut parfois signifier qu’on est la meilleure famille, le meilleur parent, explique Claudine Attias-Donfut. La fête cristallise alors trop d’attentes et les enfants, surtout les ados, peuvent se sentir obligés de contenter tout le monde, pris dans un conflit de loyauté s’ils ne passent pas Noël avec l’un ou l’autre. Cette fête peut dans ce cas devenir l’objet d’un chantage affectif sur l’enfant ». « J’ai l’impression que si je refusais un Noël, ce serait comme choisir mon camp, » assure [cette ado].

Dans cette autre famille, on a réglé cette question : « Avec mon ex-mari, nous alternons Noël une année sur deux. Nos enfants ont 4 et 6 ans et nos cadeaux restent « anonymes », il n’y a pas de compétition entre le nounours du « Père Noël de mamie Nicole » plus gros que la poupée du « Père Noël de mamie Colette »… Les « miens » et ceux de mes parents sont désormais au pied du sapin de leur père à qui je les confie, et inversement l’année suivante. Le Père Noël ne passe qu’une seule fois ! Quand les enfants n’y croiront plus, nous procéderons peut-être autrement, mais nous voulons éviter la surenchère… Quand je ne passe pas le jour J avec mes enfants, j’organise à leur retour une petite fête pour marquer le coup. On danse ou on joue, c’est un peu différent du « vrai » Noël. » Un choix rare mais plutôt judicieux.

« (…) L’essentiel est de se réunir autour des enfants et non de leur offrir le plus gros cadeau », observe Claudine Attias-Donfut. Cela oblige à réinventer le système familial avec, dans les recompositions, des liens nouveaux. Chantal Van Cutsem donne un exemple : « Un enfant fête Noël chez la compagne de son père. C’est une famille élargie, avec des cousins et des cousines qui ne sont pas les siens mais qu’il s’approprie. Cela fait sens dans sa construction identitaire. Mais si son père et sa compagne se séparent, quels liens pourra-t-il garder? Il convient d’y rester attentif. Les liens affectifs s’avèrent beaucoup plus fragiles que les liens légaux », prévient-elle. « L’important, c’est que les adultes puissent clarifier les liens de façon sécurisante pour l’enfant », conseille Chantal Van Cutsem.


Brigitte Valotto – Supplément du « Dauphiné Libéré » N°768


  1. Claudine Attias-Donfut est sociologue et spécialiste de la transmission et des rituels Directrice de recherches à la Cnav, associée au centre Edgar-Morin, auteure du Nouvel Esprit de famille (Odile Jacob).
  2. Chantal Van Cutsem est pédopsychiatre, Codirectrice du Centre d’études de la famille et des systèmes (CEFS), à Bruxelles, et auteure de la Famille recomposée, entre défi et incertitude (Erès).