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Un entretien de Médiapart. l’Espagnol Pablo Bustinduy sociologue de formation, porte-parole de Podemos sur les questions internationales est l’un des 67 députés du mouvement anti-austérité de Podemos qui bataillent à Madrid contre la droite de Mariano Rajoy (PP) au pouvoir.


Avertissement aux lecteurs: Le texte ci-dessous n’est qu’une infime partie d’un article dense et argumenté. Pour autant la synthèse semble être bien présente dans le « poste » ci-dessous. MCDans un long entretien à Médiapart, Pablo Bustinduy s’en prend aux « élites européennes » qui n’ont pas été capables de « bloquer l’émergence de ces forces pré-fascistes un peu partout en Europe », et s’avoue « très préoccupé » par la situation en France. « Les élections, l’an prochain en France et en Allemagne, pourraient consacrer cette internationale réactionnaire, qui monopolise le rôle d’opposition à l’establishment », s’inquiète le député, par ailleurs sceptique sur la stratégie du « plan B » de Jean-Luc Mélenchon.

  • Médiapart.- François Hollande a renoncé à la présidentielle de 2017, quelques jours avant la démission de Matteo Renzi en Italie. Qu’en pensez-vous ?

Pablo Bustinduy – Après la crise de 2008, l’austérité s’impose comme paradigme autoritaire, presque anti-démocratique. Et la social-démocratie fait le choix de s’y rallier. Hollande et Renzi représentent le dernier effort pour donner un visage humain à l’austérité. Leur échec simultané marque la fin d’un long cycle géopolitique en Europe.

  • La social-démocratie paie en partie le prix de compromis qu’elle a passés avec la droite, au niveau européen. Peut-on encore gagner des batailles progressistes à Bruxelles ?

Pablo Bustinduy.- C’est une “cage de fer” néolibérale, pour reprendre l’expression de Max Weber. Il ne s’agit pas seulement d’une opération juridico-politique pour démanteler l’État social. C’est une opération pour le rendre constitutionnellement impossible. Cela s’est vu de manière incontestable durant l’épisode grec. L’UE est devenue une formidable machine à rendre les politiques sociales impossibles. Il n’est donc pas possible de penser la reconfiguration d’un bloc historique des forces de progrès, sans penser en même temps le démantèlement de la structure néolibérale de l’UE.

  • Vous regrettez souvent que l’UE ne mette pas plus d’énergie pour contrer la progression des droites extrêmes, qu’elle n’en a mise en 2015 pour bloquer le gouvernement d’Alexis Tsipras en Grèce. C’est-à-dire ?

Pablo Bustinduy.- Nous avons assisté, pendant les sept mois de la négociation grecque, à une formidable mobilisation de toutes les ressources, financières, institutionnelles, de l’establishment bruxellois. Les élites européennes se sont mobilisées pour étouffer la possibilité d’une alternative démocratique aux politiques d’austérité. En revanche, les mêmes ont été incapables de bloquer l’émergence de ces forces pré-fascistes un peu partout en Europe. Faute de volonté politique, par exemple sur le dossier des réfugiés. C’est une leçon sur la manière dont l’Europe fonctionne.

  • En France, Jean-Luc Mélenchon assure qu’il faut préparer un plan B sur l’Europe, qui pourrait inclure jusqu’à la sortie de l’euro, pour construire des rapports de force plus offensifs à Bruxelles. Qu’en pensez-vous ?

Pablo Bustinduy.- Il nous faut un plan A. Il est toujours malin d’avoir un plan B en politique. Mais ça se joue sur un plan A. J’ai du mal à imaginer l’équilibre néolibéral de l’Europe jouer contre la France. Les élections législatives, l’an prochain en France et en Allemagne, pourraient consacrer cette internationale réactionnaire qui monopolise le rôle d’opposition à l’establishment.

  • Comment voyez-vous la situation française ?

Pablo Bustinduy.- Nous sommes très préoccupés. Il y a beaucoup à perdre, pour nous tous. Marine Le Pen a été très efficace, et très intelligente aussi, en s’érigeant en leader de cette internationale réactionnaire en Europe.

  • Que pensez-vous de l’éclatement des gauches françaises, vous qui avez tenté un difficile travail de « confluence » à gauche lors des dernières législatives ?

Pablo Bustinduy.- (…) … ce n’est pas mon rôle de dire aux gauches françaises ce qu’elles doivent faire. On me demande souvent, quand je voyage en Europe : mais comment avez-vous uni la gauche ? Et je réponds toujours : parce que ce n’était pas notre objectif. Nous n’avons jamais fait de l’unité de la gauche notre objectif. Nous avons dit : il y a une opportunité qui se présente, nous devons gagner. Un processus artificiel qui poserait comme but l’unité d’un sujet politique est condamné à l’échec.

  • Quelle leçon tirez-vous de la victoire de Trump ?

Pablo Bustinduy.- C’est une élection qui a, entre autres choses, des résonances avec la France. On voit que cela ne marche plus, cette logique d’une démocratie vidée, où l’on demande aux citoyens de choisir le moindre mal, où l’on espère mobiliser les gens pour empêcher l’arrivée du pire.

  • Cela crédibiliserait-il une victoire de Marine Le Pen en 2017 ?

Pablo Bustinduy.- La victoire de Trump prouve la faiblesse de l’argument stratégique qui consiste à dire que les citoyens sont prêts à défendre l’ordre établi à n’importe quel prix. Quand une politique économique impose une opération agressive et systématique pour déposséder les droits sociaux des gens, ceux-là mêmes qui ont été gagnés pendant des décennies de luttes, les gens vont se révolter. Et faute d’une force progressiste qui puisse articuler cette douleur sociale, alors, nous aurons les monstres.


Médiapart – Pablo Bustinduy (Podemos). –Source (Extraits)