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Fille de prix Nobel, elle-même prix Nobel de chimie, Irène Joliot-Curie s’est engagée, toute sa vie, pour faire avancer la science, les droits des femmes et la paix.

Il est des destins exceptionnels qui, comme celui d’Irène Joliot-Curie, forcent le respect. Avant même de devenir la scientifique de renom, que ses efforts pour percer les mystères de l’atome ont rendu célèbre, c’est à l’âge de l’insouciance que la jeune Irène a commencé à se distinguer. Tout juste bachelière, en 1914, elle va, en effet, accompagner sa mère sur le front pour mettre à la disposition des chirurgiens de guerre, ces tout nouveaux appareils de radiographie qui permettent de localiser balles et éclats de bombes. Une expérience humaine et médicale évidemment marquante.

Au sommet de la recherche

Bien qu’en mars 1915, Irène obtienne son diplôme d’infirmière, c’est tout de même le chemin de la recherche scientifique, inscrite dans son ADN, qu’elle reprendra après-guerre. Enfant, elle découvrit, hors du système scolaire classique (au sein d’une coopérative d’enseignement) les mathématiques avec Paul Langevin et la physique avec sa mère, Marie Curie. Puis elle reprit en 1917 des études de sciences qui lui ouvrirent les portes de l’institut du radium, ancêtre de l’Institut Curie.

Jeune femme calme, réservée et très réfléchie, elle consacra ses «années folles» à l’étude des rayons alpha du polonium, sujet d’une thèse soutenue en 1925, puis à la radioactivité naturelle, qu’elle commença à sonder, avec son mari, Frédéric Joliot, à la fin des années 1920.

À l’image du couple formé par Pierre et Marie, Irène et Frédéric marquèrent l’histoire de la science: le prix Nobel de chimie leur fut décerné à tous deux en 1935 pour avoir découvert la radioactivité artificielle. Avec leurs travaux sur les réactions en chaîne de l’uranium, ils furent à l’origine de la physique nucléaire, pour le meilleur des applications civiles, mais aussi pour le pire des répercussions militaires.

Atteints au plus profond de leurs valeurs morales par l’explosion des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, signataires en 1950 de l’Appel de Stockholm (pétition contre l’armement nucléaire lancée par le Mouvement mondial des partisans de la paix) les Joliot-Curie s’investirent après-guerre dans la constitution du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), dédié à la recherche sur l’atome et l’énergie nucléaire à des fins civiles. Leurs mandats au CEA ne furent cependant pas renouvelés, pour des raisons politiques: Frédéric est adhérent au PCF, Irène est l’épouse d’un communiste!

Pacifiste, féministe, mais scientifique avant tout

Femme de convictions plus que militante politique, Irène a peu fréquenté les formations partisanes: brièvement membre de la SFIO, elle l’avait quittée au moment de la guerre d’Espagne, lui reprochant sa non intervention auprès des Républicains; brièvement secrétaire d’état du Front Populaire, à une époque où les Françaises n’avaient pas encore le droit de vote, elle a rendu son portefeuille au bout de trois mois. Pour cause de tuberculose et d’une santé fragile, mais aussi – et sans doute surtout – par passion pour la recherche.

Féministe, elle a inscrit ses pas dans ceux de sa mère, première femme docteur en physique, première femme professeur à la Sorbonne, première femme deux fois prix Nobel.

Suivant ce parcours unique, Irène aura, comme sa mère, consacré et même sacrifié sa vie sur l’autel de la connaissance, puisqu’elle meurt en 1956, à l’âge de 59 ans, d’une leucémie aiguë, comme Marie 22 ans plus tôt. Si leur forte exposition au polonium et aux rayons X a écourté leurs brillantes vies de savantes, leur obstination aura fait faire des bonds à la science et à la médecine, au service de l’Homme.


Isabelle Friedmann – Revue « Ensemble & Solidaires » N°28