Mots-clefs

Bien évidemment la classe populaire sera n’en doutons pas, interpeller par les candidats aux diverses sélections de 2017 ; cet article est une analyse paraissant correct des ressentiments d’une classe « dite » moyenne. MC.

(…) Jusqu’à la fin des années 1970, il s’agissait de revendiquer le développement des garanties collectives d’un droit social qui, par la négociation comme par le conflit, se renforçait. Les classes moyennes, ces  » deux Français sur trois  » (Valéry Giscard d’Estaing), étaient au centre des attentions et propositions, à gauche comme à droite.

Depuis les années 1980, d’autres priorités, dans le contexte du chômage et de la mondialisation, se sont affirmées. Il a fallu, en particulier, lutter contre la pauvreté et composer avec l’immigration. Une partie de la gauche, la plus à gauche, voit toujours dans les classes moyennes ce que les marxistes ont continuellement décrié comme des petits-bourgeois.

Une autre partie de la gauche, plus au centre, ne voit pas de damnés de la Terre dans ces classes moyennes et demande des efforts de solidarité supplémentaires consentis pour les plus démunis. D’où une lente mutation, chez ceux qui se disent progressistes, pour mettre l’accent sur ceux qui en auraient le plus besoin, au risque de frustrer ceux qui pensent cotiser sans recevoir.

Le problème, avec les classes moyennes, relève d’abord des définitions. Une voie originale consiste à passer par le  » ni ni « . Si le  » ni ni  » théorisé en 1988 par François Mitterrand – ni privatisation ni nationalisation – exprimait une stratégie conjoncturelle, cette formulation en double négation permet aussi d’approcher les classes moyennes et d’analyser les relations qu’elles entretiennent avec les évolutions doctrinales de gauche. Ni riches ni pauvres. La gauche sociale ne dédaigne pas ces catégories intermédiaires. Mais ce n’est plus vraiment le cœur de ses préoccupations.

Alors que, jusqu’au début des années 1980, l’ambition première de la gauche consistait à lutter contre les inégalités, la gauche sociale, se faisant de fait plus libérale, a voulu cibler la lutte contre la pauvreté. Avec sa volonté de concentrer les moyens sur les problèmes jugés prioritaires, il s’est agi de limiter les ambitions universalistes de la protection sociale par des mises sous condition de ressources des prestations et, surtout, par la création de prestations ciblées sur les moins favorisés.

Ni assez pauvres pour bénéficier des aides sociales ni assez riches pour bénéficier des réductions fiscales, les classes moyennes s’estiment maintenant désavantagées par le système socio-fiscal. Les classes moyennes sont présentées, de façon récurrente, comme les grandes perdantes. Au sujet du logement social, conçu dans ses développements après-guerre comme une politique en faveur des classes moyennes salariées, le problème est flagrant. Avec une préséance pour les plus défavorisés et mal-logés, les classes moyennes ont de moins en moins accès à ce à quoi elles devraient pouvoir prétendre. (…)

Les classes moyennes ne sont pas révolutionnaires. Elles n’aspirent ni à la dictature du prolétariat ni au e-capitalisme de type Silicon Valley. Les rejets dont elles font l’objet d’une partie des gauches, comme l’absence de prise en compte de leurs craintes dans les projets d’une autre, expliquent l’ampleur des insatisfactions des classes moyennes à l’égard de la gauche et la profusion des interrogations de la gauche à leur endroit. Ce ne sont pas des mesurettes socio-fiscales, relevant ici un seuil, abaissant là un plafond, qui pourront rétablir le lien et la confiance.

Les progressistes doivent en finir avec le mépris social


Julien Damon (Professeur associé à Sciences Po et membre du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondation pour l’innovation politique) – Le Monde – Titre original « Les progressistes doivent en finir avec le mépris social » – Source (Extrait)